Turquie : un an s’est écoulé depuis le putsch raté

Plus de 500.000 manifestants pro-Erdoğan s’étaient massés à Istanbul dans la nuit de samedi à dimanche pour commémorer le putsch raté du 15 juillet 2016. “Une victoire de la démocratie” pour le président turc, qui a pris la parole devant une foule euphorique dont il salue l’héroïsme et rend un hommage vibrant aux 249 “martyrs” qui ont péri lors des affrontements avec les soldats rebelles.

Pour Erdoğan, il s’agit avant tout de fédérer le peuple turc autour de sa personne. Rien de mieux, pour cela, que d’agiter une menace à la fois extérieure et intérieure. “Les multiples ennemis de la Turquie attendent son déclin”, déclare-t-il sans les nommer, car “cela déboucherait sur une énorme crise de portée internationale”. Une allusion à l’Occident ? À l’intérieur, il promet d’“arracher la tête des traîtres”.

Depuis un an, la Turquie est en état d’urgence. On y dénombre des milliers d’arrestations et une purge sans précédent dans la fonction publique : 135.000 personnes ont été limogées, accusées d’être proches du prédicateur Fethullah Gülen, tenu pour responsable du putsch. Le président, qui a largement accru son pouvoir suite au référendum constitutionnel du 16 avril, prévoit un nouveau référendum sur le rétablissement de la peine de mort. Inquiet, l’Occident parle de “dérives autocratiques” et de “dictature larvée”, adoptant un ton de maître d’école face à ces Turcs qui sont, décidément, des cancres en matière de démocratie.

Les médias français se montrent plus que critiques vis-à-vis du pouvoir, à l’instar de Libération, qui n’hésite pas à moquer la “martyrologie” et la “propagande” sur les 249 victimes du putsch de juillet 2016. Plusieurs médias ont lancé un appel pour la liberté d’expression, qualifiant la Turquie de “prison pour journalistes”. Des déclarations qui enveniment la situation. Une correspondante de BFM TV à Istanbul s’était ainsi plainte d’avoir été verbalement prise à partie par certains manifestants pro-Erdoğan qui l’accusaient de faire de la “propagande anti-Turquie”. Accusations fondées, à en juger par les journaux français où les personnes arrêtées et limogées sont inévitablement décrites comme victimes d’une répression politique.

Le CHP, principal parti d’opposition, a pourtant eu tout le loisir de lancer, avec quelques milliers de partisans, une pacifique “marche pour la justice” partie d’Ankara le 15 juin et arrivée à Istanbul le 9 juillet, sous les acclamations de 1,5 million d’opposants qui s’y étaient rassemblés en toute liberté. La presse d’opposition (bien vivante et décidée à en découdre) n’a pas caché son enthousiasme.

Le seul point où pouvoir et opposition s’accordent est la fracture de la société turque. “En Turquie, on ne fait pas de politique, on fait la guerre”, s’inquiète le journaliste pro-gouvernement Hasan Kahraman : “Des mesures doivent être prises des deux côtés. Le pouvoir comme l’opposition doivent faire preuve de responsabilité et adopter une position constructive.”

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