Monsieur le Ministre de l’Intérieur,

 

En l’espace de quelques jours à peine, plusieurs policiers et personnels administratifs de la police nationale ont mis dramatiquement fin à leurs jours. Ces fonctionnaires valeureux viennent ainsi ajouter leur nom à une liste déjà beaucoup trop longue qui, d’année en année, ne cesse de s’allonger.

En 2022, triste année record, pas moins de 46 policiers et 22 gendarmes se sont ainsi suicidés dans une indifférence quasi absolue. Et l’année 2023 s’annonce sous de tristes augures. Une telle situation ne peut plus durer.

Nous le savons tous, les causes d’un suicide sont toujours multifactorielles et complexes. Mais l’on sait aussi que l’environnement professionnel est déterminant et qu’il est souvent le dernier rempart pour celle ou celui qui, rencontrant des difficultés dans sa vie personnelle, passera à l’acte dès lors que cet ultime bouclier s’effondrera. À l’inverse, un climat délétère au sein d’un commissariat ou d’une brigade de gendarmerie pourra rapidement devenir la cause d’un geste irréparable s’il est conjugué à une vie familiale et personnelle devenue trop difficile. À cela, il convient d’ajouter le stress permanent vécu au sein d’une corporation soumise à des rythmes de travail effrénés, une violence quotidienne qui ne fait qu’augmenter, un lien hiérarchique plus distendu que jamais et une protection administrative et judiciaire devenue pour le moins incertaine.

Même si nous savons que votre administration ne reste pas de marbre face à ce phénomène majeur, nous pensons que le temps est venu d’aller beaucoup plus loin afin que l’ensemble de ce délicat sujet puisse être pris véritablement en compte.

Tout d’abord, en faisant un véritable état des lieux. C’est-à-dire en révélant aux différentes parties concernées (administration, syndicats, associations…) l’ampleur du fléau. En élaborant ensuite, avec ces mêmes partenaires, un plan d’action de prévention et de lutte contre le suicide capable de couvrir l’ensemble du spectre. C’est-à-dire tenant compte des impacts professionnels, personnels et familiaux. Enfin, en s’interrogeant valablement et objectivement sur une organisation hiérarchique et le fonctionnement d’une institution qui, à bien des égards, reste porteuse de discriminations et de frustrations.

En outre, cette réflexion interne globale ne pourra se faire sans être accompagnée d’un vrai questionnement sur la place qu’occupent nos forces de l’ordre au sein de la société française ainsi que sur les rapports qu’elles entretiennent avec nos concitoyens.

Nous le voyons, il s’agit là d’un très vaste sujet, auquel les seules réponses médico-psychologiques ne peuvent suffire. C’est à tout un environnement qu’il convient de s’intéresser, environnement qui concerne au premier chef les familles, lesquelles ne peuvent être tenues à l’écart de la réflexion qui s’impose désormais.

Concrètement, nous pensons que la tenue d’état généraux sur le suicide au sein des forces de l’ordre est le format qui s’impose. Lieu et moment d’expression et d’analyse pour tous les acteurs concernés. Moment de partage sur un phénomène qui ne doit pas rester un tabou. Mais aussi enceinte de décisions et de prises de responsabilités, une telle initiative ne pourra à coup sûr que redonner force et courage à des dizaines de milliers de policiers et de gendarmes qui méritent bien cette attention de votre part.

 

Olivier Damien, commissaire divisionnaire honoraire, vice-président du collectif La France aime sa police

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22 octobre 2023 à 14:30

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10 commentaires

  1. Sans compter les dramatiques suicides de policiers et gendarmes, le mal est vraiment profond puisque l’on sait que plus de 20000 policiers et gendarmes ont rendu armes et bagages en démissionnant de ces institutions jadis recherchées. Voilà pourquoi, en ce moment l’état fait feu de tout bois, en pub, pour recruter, même dans l’armée. Et il devient ridicule et même offensant d’accuser, comme le font tous les polititocards, Nicolas Sarkozy d’avoir détruit 12000 postes. Or il vient de se passer 11 ans depuis le fin du mandat de l’ex président et en 11 ans les effectifs auraient pu, auraient dû être reconstitués !

  2. On sait avec quelle glaciale indifférence, la chose peut être observée par les pseudo « élites » sensées traiter ce problème dramatique. On se souvient du PDG de France Télécom qui parlait, à propos de ses employés de « mode du suicide ». N’ a t’il pas été traduit en justice ? Lorsque le lien entre suicide et condition de travail est avéré, il faut que les familles portent plainte contre l’Etat défaillant !

  3. Le suicide chez les policiers peut s’ expliquer par l’ épuisement de leurs missions qui les pousse à un geste déraisonné ,alors qu’il n’ ont en temps normal aucune envie de se suicider . (consequences professionnelles à mettre en compte dont l’ Etat est responsable ).

  4. Je pense malheureusement que les suicides dans la police laissent Darmanin complètement indifférent.
    Ce ne sont que des chiffres.
    Si Darmanin éprouvait de l’empathie, ça se saurait.

  5. Actuellement, les métiers de gendarme, policier , enseignant voire même soignant, sont les derniers que je ferais, ou que je conseillerais de faire à un enfant ou un proche. Et pourtant, si on enlève ces personnes là, d’une société, c’est le chaos. Nous en voyons déjà les prémices bien avancés!

  6. Les gens des forces de l’ordre sont méprisés comme le sont les agriculteurs avec les mêmes conséquences dramatiques
    Quand une racaille vaut plus qu’un gendarme et qu’un loup vaut plus que l’existence d’un agriculteur…cherchez l’erreur

  7. Aujourd’hui j’ai un fils policier qui reprend le travail, il a eu le malheur de devoir subir une intervention chirurgicale au moment des arrêts maladie dans la police, 4 controles (tous justifiés médcalement), et il sait que au moins un de ses contrôles a été demandé pas sa hiérarchie,. L’ambiance va être délétère il le sait, il le sent, il le craint. Déjà que le métier est difficile, être la bête noire de service, c’est insupportable d’autant quand on a rien à rapprocher au niveau du travail, médailler, féliciter etc.. Les soupçons de fausses maladie orchestrés par macron et darmanin ont pourri le climat. Comment voulez-vous être bien dans votre peau, dans votre tête, quand vous êtes insultés, caillassés par la racaille , et non soutenu par la hiérargie et par le ministre de l’intérieur qui les soutient comme la corde soutient le pendu. Ne parlons pas des syndicats qui la plupart sont des vendus.

  8. Force de l’ordre, agriculteurs, combien d’autres corporations indispensables et fondatrices d’une nation sont condamnées à se foutre en l’air dans le mépris total de nos dirigeants. Le Président de la République assume de ne rien faire. Le premier homme de l’État fait état d’une impuissance volontaire. Son idéologie toxique du multiculturalisme et du progressisme mondialisé le corsètent dans son aveuglement coupable. Il doit s’en aller. Il doit démissionner.

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