Cela fait presque une semaine que de très violents combats opposent des djihadistes de l’État islamique (Daech, en arabe) aux forces kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Après une grande confusion et des déclarations souvent contradictoires, la de la prison par les Kurdes est presque achevée. Les circonstances du déclenchement de l’opération sont maintenant connues. Le vendredi 21 janvier, après l’explosion de deux camions piégés conduits par des kamikazes devant la prison de Ghwayran, dans la ville d’Hassaké, une centaine de djihadistes lourdement armés ont ensuite attaqué les forces kurdes gardiennes de la prison. Pendant ce temps, à l’intérieur, les prisonniers (3.500 à 5.000 selon les sources), dont on ignore si certains étaient armés, ont déclenché une mutinerie.

Depuis, les combats se poursuivent. De nombreux prisonniers se sont évadés et une vaste chasse à l’homme se poursuit dans les rues de la ville. Un moment débordés, les Kurdes ont repris l’initiative grâce aux nombreuses interventions aériennes d’hélicoptères américains.

Si plusieurs dizaines d’évadés ont été repris ou abattus, il en reste un nombre indéterminé dans la nature. Mais le plus incertain fut la prison elle-même. Une partie a été occupée plusieurs jours par de nombreux djihadistes qui détenaient des otages kurdes et même des enfants de djihadistes, orphelins pour certains, et que les Kurdes avaient installés là sans savoir quoi en faire.

Depuis lundi, les Kurdes ont donné l’assaut mais la progression reste très lente. Mercredi, les Kurdes ont affirmé avoir repris la totalité de la prison mais il semble bien que plusieurs dizaines de djihadistes refusant de se rendre soient encore retranchés dans les sous-sols. Les pièges étant multiples, selon la vieille tactique de Daech très en pointe dans ce domaine, la est difficile.

Le dernier bilan, établi notamment par l’Observatoire syrien des droits de l’homme, fait état de 172 djihadistes tués, une cinquantaine de Kurdes et un nombre indéterminé de civils, dont des milliers ont été évacués.

Cette spectaculaire opération jette à nouveau la lumière sur le sort des prisonniers membres de l’État islamique. Les Kurdes affirment en détenir 12.000 répartis dans plusieurs prisons. Rappelons que les Kurdes occupent le nord-est de la Syrie qui leur a été donné par les Américains en une sorte de gestion libre, au mépris le plus complet du droit international. Certains journalistes appellent cette région le Kurdistan, alors qu’elle appartient clairement à la Syrie depuis la création de ce pays.

La désorganisation la plus totale y règne. Les Kurdes sont incapables de gérer ce territoire où ils font face à une hostilité arabe croissante. C’est tout le paradoxe de cet imbroglio voulu par l’Amérique. Les Kurdes étaient majoritaires dans le nord, d’où ils ont été chassés par l’invasion turque. L’Amérique a fermé les yeux mais, en compensation, a offert aux Kurdes le nord-est et l’est de la Syrie au-delà de l’Euphrate. L’avantage, c’est que les puits de pétrole syriens y sont nombreux. L’inconvénient, c’est que les Kurdes doivent diriger une région peuplée majoritairement d’Arabes. La cohabitation se passe très mal et si Daech trouve régulièrement des complicités dans la population, c’est par simple haine des Kurdes.

Les Américains ont conservé des forces dans l’extrémité nord-est da la zone où leurs patrouilles croisent régulièrement celles des Russes dans une ambiance parfois tendue. Mais les Russes ont été invités par les Syriens, ce qui n’est pas le cas des Américains, bien évidemment, qui semblent pourtant décidés à rester. Lorsque l’armée syrienne a voulu franchir l’Euphrate il y a quelques années, pour reprendre ce territoire, elle fut immédiatement bombardée par l’aviation américaine, faisant des dizaines de morts.

Tout le monde est évidemment très satisfait de léguer aux Kurdes la gestion de djihadistes dont personne ne veut, mais ils en sont incapables.

L’attaque de la prison de Ghwayran démontre que Daech retrouve des forces, que les Kurdes sont débordés et qu’il serait temps que la Syrie retrouve la souveraineté sur son territoire.

28 janvier 2022

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