Les sondages pour la sont d'une grande stabilité. Certes, ça bouge ici ou là, notamment à droite, entre Marine Le Pen, Éric Zemmour et Valérie Pécresse, mais toujours dans le créneau 14-17 % pour chacun des trois. Emmanuel Macron, lui, est toujours scotché à son 24 %, avec tout de même un léger effritement ces dernières semaines (23 % dans le sondage OpinonWay publié dans Le Figaro, jeudi). Quant à la gauche, elle affiche des scores historiquement très bas. Par exemple, dans le sondage cité, Jean-Luc Mélenchon est à 9 % (-1), le candidat communiste Fabien Roussel à 4 %, comme Christiane Taubira et Yannick Jadot, Anne Hidalgo à 3 %. Cette extrême faiblesse de la gauche, si elle se concrétisait dans les urnes, serait historique : aucun candidat à plus de 10 %, et un total inférieur à 25 %.

Disons-le d'emblée : ces chiffres nous paraissent suspects.

D'abord, si les décomptes sondagiers ne laissent que peu de place à la gauche, c'est que le devant de la scène médiatique et politique a été occupé, d'abord par un duel donné incontournable entre Macron et Le Pen, ensuite par la primaire de la droite entre Pécresse, Zemmour et Le Pen. Il y a là un effet de loupe médiatique qui se répercute sur les enquêtes d'opinion, au détriment de la gauche.

Ensuite (et c'est lié), les deux blocs que l'on nous présente comme majoritaires, le centre droit Macron-Pécresse et la droite nationale et populiste Le Pen-Zemmour nous semblent largement surestimés l'un et l'autre. Le premier tournerait autour de 41 % (24 + 17), le second autour de 30 à 35 %, selon les sondages. Là encore, nous n'y croyons pas. En fait, ces deux blocs sont le théâtre de mouvements d'opinion - des primaires - qui ne leur laisseront pas, au final, des scores aussi élevés, avec des décrochages assurés pour les candidats qui seront finalement relégués.

Mais, si l'on regarde à gauche, il y a là aussi des raisons de douter de son effacement. En premier lieu, l'arithmétique. Si certains candidats de gauche s'effondrent - Hidalgo - ou peinent à décoller - Taubira - dans les sondages, c'est une clarification qui devrait porter un autre candidat mieux placé, un Jean-Luc Mélenchon qui fait la course en tête et bénéficie d'un socle solide, autour de 10 %. Or, les enquêtes ne traduisent pas (encore ?) ce mouvement logique. N'oublions pas, non plus, qu'il réalisa 19,6 % il y a cinq ans, créant déjà la surprise. Il pourrait - Christiane Taubira étant venue réactiver le spectre de 2002 - bénéficier d'un vote utile qui le hisserait bien au-dessus des 10 % que les sondages peinent à lui accorder aujourd'hui.

En outre, il y a des raisons de fond qui militent contre un score si bas de la gauche : son civisme, ses succès récents dans les grandes villes lors des municipales, la thématique du pouvoir d'achat qui revient en force avec l' et l'envolée du prix des carburants et de l'énergie. Mais aussi la droitisation du débat, et d'Emmanuel Macron, avec les ralliements LR qu'il engrange en ce moment (Eric Woerth, Natacha Bouchart) ne peut que renforcer une gauche protestataire.

Jeudi soir, sur , Jean-Luc Mélenchon ne s'y est pas trompé, en tentant une récupération des « convois de la liberté » loin de la stigmatisation macronienne : « Je pourrais les soutenir, oui bien sûr, je vais voir comment tout cela se met en place », disant « écouter ce que racontent les gens avant de décider s'ils sont antivax, fascistes, antisémites et tout ce qu'on nous a fait pour les gilets jaunes ».

La gauche et Jean-Luc Mélenchon n'ont peut-être pas dit leur dernier mot.

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12 février 2022

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