Editoriaux - Politique - 2 avril 2019

Sibeth Ndiaye, ministre et binational, compatible et déontologique ?

Sibeth Ndiaye, adoubée porte-parole du gouvernement, et donc correspondante ès qualités des médias, devient soudain leur nouvelle coqueluche, qui efface un tantinet – beaucoup – les deux autres promus.

Il faut dire qu’elle ne manque ni de faconde ni d’originalité. Son apparition sur le perron du ministère et sa présence à la table du Conseil des ministres ne pouvait échapper à aucune caméra. Le style capillaire volumineux adopté pour la circonstance mettait du soleil et de la joyeuseté dans une cérémonie habituellement convenue, voire tristounette. Rappelons-nous le départ de Nicolas Hulot…

En revanche, ce qui interpelle, c’est la double nationalité de ce membre du gouvernement. Certes, ce n’est pas nouveau car le sortant Mounir Mahjoubi possède également cette parité. De même, dans le quinquennat précédent, on a connu quatre cas identiques avec un Franco-Allemand, Matthias Fekl, une Franco-Canadienne, Axelle Lemaire, et deux Franco-Marocaines, les célèbres Najat Vallaud-Belkacem et Myriam El Khomri. Sans parler de Manuel Valls dont on ne sait précisément s’il n’est pas encore franco-espagnol – jeu de mots involontaire et inopportun – mais que ses nouvelles ambitions laissent supposer…

Nonobstant cet état de fait admis pour le moment, il n’est pas incohérent de s’interroger sur le bien-fondé d’un tel accommodement. Et particulièrement concernant cette fidèle de Macron qui n’a opté pour la nationalité française qu’en 2016, alors qu’elle vivait en France depuis fort longtemps, et où elle s’était, en particulier, engagée dans le militantisme étudiant et socialiste avant de devenir conseillère en communication.

Partageant sa citoyenneté avec celle du Sénégal, fille de parents éminemment impliqués dans la vie politique de ce pays, on est en droit de se demander si son jugement impartial pourrait être assuré en cas d’événements ou de discussions mettant en cause les relations diplomatiques, sociales ou commerciales de la France avec ce pays. Surtout s’il s’agissait d’un quelconque contentieux !

Un pays qui fait beaucoup parler de lui en ce moment, et cependant pas un modèle en termes de démocratie, l’Algérie, avait fait voter en février 2016 une nouvelle Constitution dans laquelle un article stipule « la nationalité algérienne exclusive pour l’accès aux hautes responsabilités de l’État et aux fonctions publiques ». Aux contestataires, en particuliers exilés, qui fustigeaient cette décision, il était alors répondu par les autorités : « Ceux qui voudraient servir ou représenter l’Algérie à de très hauts niveaux de responsabilités ne doivent avoir de loyauté qu’envers elle et doivent être dégagés de tout lien avec une puissance étrangère. » Dont acte !

Je rappelle encore la candidature, en 2012, pour la présidentielle, de la Franco-Norvégienne verte Eva Joly. Heureusement, son score de 2,31 % au premier tour la disqualifiait définitivement. Les électeurs furent sans doute plus précautionneux que la Constitution !

Mais ne serait-il pas temps, justement, d’y mettre un peu d’ordre et d’éthique républicaine, sans pour autant crier au nationalisme exacerbé et détestable ?

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