Un coup de crayon reconnaissable des petits et des grands, une légèreté, une réserve, des milliers de dessins, une quarantaine d’albums : ce jeudi 11 août, le dessinateur Jean-Jacques Sempé est mort à l’âge de 89 ans. De ses traits, Sempé représentait la vie telle qu’elle va, les tracas du quotidien, l’insouciance de l’enfance, les ambitions des adultes et parfois leur solitude aussi. Il s’est éteint entouré de ses proches dans sa résidence de vacances.

Le co-créateur du Petit Nicolas

Mondialement reconnu, rien ne prédisposait pourtant cet enfant de à épouser une carrière artistique. Fruit d’une liaison entre une secrétaire et son patron, Jean-Jacques Sempé voit le jour à Pessac (Gironde) en 1932. Loin du bonheur insouciant du Petit Nicolas, le jeune Sempé connaît une enfance douloureuse, « tragique » même, confiera-t-il quelques années plus tard. Légèrement bègue, battu, solitaire, il trouve dans le dessin une échappatoire. Déscolarisé à 14 ans, il devient livreur à bicyclette puis courtier en vin. Déjà à cette époque, il réussit à vendre quelques planches au journal Sud-Ouest. Mais l’appelle. Il s’engage dans l’armée et profite d’une affectation en région parisienne.

1954 marque un tournant pour le jeune Sempé. Dans les bureaux d’une agence belge, la World Press, sur les Champs-Élysées, il fait la rencontre de René Goscinny. « C’était mon premier ami parisien, autant dire mon premier ami », racontera-t-il bien des années plus tard. Les deux hommes se lient d’amitié. Et c’est de cette amitié que naît Le Petit Nicolas, en 1955, dans les pages du Moustique, un hebdomadaire belge. Cinq ans plus tard paraît le premier album du Petit Nicolas. Le succès ne se fait pas attendre. Cette histoire en apparence banale qui narre les aventures d’une bande de gamins, leurs disputes, leur rapport à l’école et la complexité du monde des adultes, est traduite dans une quarantaine de langues et vendue à plus de 15 millions d’exemplaires. Après Nicolas, d’autres personnages verront le jour. Monsieur Lambert, Raoul Taburin ou encore Marcellin Caillou berceront des générations de Français.

Au-delà du Petit Nicolas, Sempé, c'est aussi les dessins dans la presse. Après des débuts au Rire, Ici  ou Noir et Blanc, il intègre les pages du Nouvel Obs, du Figaro ou Télérama. De son propre aveu, il connaîtra la consécration en 1978 lorsque le New Yorker, célèbre journal culturel américain, lui demandera d’illustrer sa couverture. « J’avais presque 50 ans et pour la première fois de ma vie j’existais ! » jubilera-t-il. Une centaine de dessins seront commandés par la suite.

En près de soixante-dix ans de carrière, Jean-Jacques Sempé a enchanté des millions de lecteurs. Son humour, sa douceur et sa délicatesse ont fait de lui l’un des dessinateurs préférés des Français. Un jour, il avoua : « Il m’a fallu une grande force dans la vie pour dire "peut-être" quand je pensais "non", "nous verrons" quand je pensais "oui" et "à bientôt" quand je partais pour de bon. » Alors « à bientôt », Monsieur Sempé.

2702 vues

12 août 2022

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement !

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

6 commentaires

  1. J ai croisé Agnan !il avait pour une fois le nez baissé, la tête dans les épaules et de la buee sur ses lunettes !!

  2. Quelle tristesse ! Sempé incarnait un humour délicat. Ses dessins à la simplicité charmante mettaient en scène des personnages, pas des carricatures. Nous sommes très éloignés du ricanement méchant des soi-disant humoristes actuels. Sempé incarnait encore la simplicité et le beau dans ce début de siècle qui est décidément très laid.

  3. Vous voyez bien qu’il ne suffit pas d’avoir fait l’ENA pour être célèbre et reconnu. Je ne cite personne mais …
    REP cher Sempé

  4. Un grand Monsieur nous quitte, condoléances à sa famille et à ses proches. Des livres de Sempé, je conserve le souvenir de rires non contenus tellement le quotidien de la vie est finement décrit.

  5. Délicat, finement ironique sans jamais la moindre méchanceté, quel abîme entre lui et certains auto-proclamés humoristes d’aujourd’hui !

Les commentaires sont fermés.

  Commenter via mon compte Facebook

  Commenter via mon compte Twitter