Editoriaux - Education - Polémiques - 24 janvier 2020

Sciences Po Lille : Mediapart, c’est oui, Valeurs actuelles, c’est non…

Diversité culturelle et pensée unique : quelle cohérence ?

Notre pays collectionne les contradictions mortelles. Parmi celles-ci, il y a l’incroyable rencontre du multiculturalisme et de la pensée unique. La tradition cohérente de la France reposait sur l’idée inverse : la France a bien, contrairement à l’une des sottises proférées par Macron, une culture, un mode de pensée largement dominant et qui consiste à « cultiver » l’esprit critique, la souplesse intellectuelle autant que la raison, en évitant les fanatismes et les systèmes. Par un incroyable renversement, la caste intellectuellement décadente qui domine l’enseignement, la culture, les médias, et influence de manière déterminante la politique, promeut jusqu’à l’absurde la diversité communautaire et fait preuve de sectarisme à l’encontre de tout ce qui s’écarte du « politiquement correct », formule lénifiante qui ne désigne rien d’autre que son idéologie, c’est-à-dire le discours inconséquent et fallacieux qui n’a pour seul mérite que de légitimer son pouvoir, de même que le marxisme-léninisme justifiait la dictature soviétique.

L’un des derniers exemples de ces incohérences affichées avec une arrogance sans bornes a été offert par la direction de l’Institut des sciences politiques de Lille. « L’Arène » y organise des conférences-débats. L’association, qui rappelle avoir invité précédemment Fabrice Arfi, rédacteur en chef de Mediapart, ou Agathe Auproux, ex-chroniqueuse de l’émission « Touche pas à mon poste », avait donc programmé Charles Consigny et Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction de Valeurs actuelles. Un collectif gauchiste a aussitôt clamé son opposition à cette venue , déclarant : « À une époque où la crise climatique s’accélère gravement, que l’extrême droite tue en masse et que l’islamophobie atteint des sommets, il est scandaleux, irresponsable et dangereux de tenir cette conférence. »
Le directeur de Sciences Po, la main sur le cœur, prend alors position et publie un texte sur la page Facebook de l’établissement. « J’ai fait savoir aux organisateurs que […] la participation de l’un des invités ne m’apparaissait pas souhaitable […] le journal pour lequel il travaille a été condamné en 2015 pour des faits particulièrement graves après la publication d’un dossier dont il avait été l’un des auteurs. »

Cette affaire est un modèle du genre. On y trouve d’abord l’inégalité de traitement en faveur de la gauche : Mediapart, c’est possible, Valeurs actuelles, non ; ensuite, un collectif associatif qui s’érige en inquisiteur de la pensée incorrecte, avec une menace à peine voilée par l’adjectif « dangereux », une outrance des propos qui devrait les disqualifier, car on se demande quelle est cette « extrême droite » qui « tue en masse », et l’accent mis sur deux menaces étrangères l’une à l’autre, le climat et l’islamophobie, dont le caractère obsessionnel vise à saturer l’opinion publique.

Les positions politiques et les amitiés de ce personnage sont bien connues. Il est consternant que, dans notre pays, la formation politique soit tombée sous la coupe d’individus capables de participer à la réduction du débat et de la liberté d’expression. La loi n’a cessé de rétrécir le champ du politiquement correct, c’est-à-dire du prêt-à-penser obligatoire. Les « phobies » univoques, comme l’islamophobie, sont des signes alarmants de cette atteinte à la démocratie, c’est-à-dire au pluralisme des idées.

Il faut noter que c’est aussi dans le Nord, à Lille, que François Hollande devait s’exprimer, mardi 12 novembre, à l’université de Lille 2, sur la crise de la démocratie, et n’a pas pu le faire. En cause, l’irruption d’une cinquantaine de militants d’ultra-gauche qui a dégradé la salle et détruit les exemplaires du dernier livre que l’ancien président de la République venait présenter. Là encore, un haut lieu d’enseignement où la liberté de penser devrait régner en maître a été victime de ce qu’on appelle, à gauche, le fascisme quand il est « de droite » et appartient à l’Histoire, mais qui est pardonné et même parfois sanctifié lorsqu’il sévit à gauche. Cette orientation idéologique systématique de la pensée est une véritable décérébration. Qu’elle se produise dans des institutions vouées à l’enseignement est terrifiant.

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