Scènes de liesse et racisme ordinaire en France : on en parle ?

Samedi, toute la Macronie était de sortie, malgré les grosses chaleurs, pour se payer Nadine Morano qui a osé s’attaquer à Sibeth Ndiaye. C’est facile, simple comme un tweet et, quelque part, ça permet de se défouler à bon compte. On a frôlé la marche blanche en soutien à la pauvrette. « Racisme ordinaire », a-t-on lu ici et là. C’est le pire, celui-là.

Quelle honte, tout de même, que ces propos d’une ancienne ministre alors qu’on avait encore dans la tête les échos de cette belle « liesse populaire » qui a envahi les grandes avenues de Paris, Marseille et autres lieux, en ce soir de victoire algérienne. Une liesse qui venait gentiment, de façon « bon enfant », nous rappeler que la France, c’est le pays du vivre ensemble. Se dire Français de souche frise, aujourd’hui, la correctionnelle et ne se doit faire qu’en rasant les murs, s’il vous plaît. En revanche, revendiquer son ascendance algérienne ne semblerait se concevoir qu’en envahissant nuitamment et bruyamment la rue. C’est tellement beau, la liesse. « Liesse » : « joie débordante », nous dit le dictionnaire. D’où, sans doute, les débordements.

En ce soir de liesse, on a même vandalisé la statue du général de Gaulle à Évreux. « Une centaine de supporters de football ont envahi le centre-ville d’Évreux, à grands coups de klaxon et de cris de joie », lit-on sur le site actu.fr. « Moto-cross et scooters se sont livrés à un gymkhana sur la place du général-de-Gaulle fraîchement rénovée… Pire, dans la soirée et malgré une forte présence policière, la statue du général de Gaulle, scellée et inaugurée le 18 juin dernier, a été dessoudée. » Sauf à voir dans cet acte la main de l’extrême droite, une sorte de dernier carré de l’OAS (on ne sait jamais, avec Castaner), avouons que c’est une drôle de façon de dire merci à celui qui fut, certes l’homme du 18 juin, mais aussi celui qui accorda l’indépendance à l’Algérie. Tiens, justement, Castaner, l’homme qui s’indigne plus vite que son ombre, il dit quoi ? À cette heure, rien. Évidemment, il s’est indigné comme il se doit en dessoudant Nadine Morano : « “Ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme, ou le rejet de l’autre”. Jacques Chirac. Un jour Nadine Morano a peut-être été républicaine. Tel n’est définitivement plus le cas. » Définitif et sans appel…

Mais puisque nous sommes sur le compte Twitter de Castaner, évoquons tout de même son dernier message, qui date de dimanche après-midi et concerne la mort de Mamadou Barry, cet universitaire guinéen, marié et père d’une petite fille, agressé verbalement et physiquement, vendredi soir, dans la banlieue de Rouen, et qui a succombé à ses blessures. Le ministre évoque un « acte odieux » mais se garde bien d’aller plus loin. On peut cependant lire sur le site de France 3 Normandie : « Plusieurs témoins de la scène, dont un voisin qui a porté secours à la victime, confirment avoir entendu des propos racistes. La police ne confirme ni infirme ces insultes racistes. » Le député de Vaucluse Julien Aubert, lui, n’hésite pas à écrire sur sa page Facebook, dimanche matin : « Et si on parlait d’un véritable acte raciste commis en France vendredi dernier ? Le Dr Mamadou Barry a été tabassé à mort devant sa femme à Rouen par des supporters algériens qui ont cru qu’il était sénégalais. C’était en France, en 2019. @Castaner, voilà la haine. Qui en parle ? »

Si ce n’était profondément triste et tragique, on serait tenté de se demander s’il n’y a pas, en France, le bon et le mauvais racisme. Celui qu’il faut dénoncer en monôme et celui qu’il faut taire. Le supposé et le réel.

NDLR : on apprend, lundi, que l’agresseur de Mamadou Barry ne serait pas d’origine algérienne mais turque. L’avocat de la famille du Dr Barry affirme qu’il s’agit en tout état de cause d’un acte raciste.

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