Interrogé par , , dont on sait qu’il déteste son époque, s’est amusé des ridicules du jour. L’écriture inclusive, d’abord : « Essayez de réciter une fable de La Fontaine en inclusif, vous allez voir », a-t-il notamment ironisé. On n’ose pas choisir pour lui : peut-être Le Chat, la Belette et le Petit Lapin, pour renouer avec les textes parfois torrides du chanteur ?

Ah, Sardou ! Que n’a-t-on pas lu sur lui dans la presse ! Le chanteur facho, grande gueule, au patriotisme beauf (« Ne m’appelez plus jamais France »), aux positions réactionnaires de beauf (« Je suis pour »), aux fantasmes beaufs de Français moyen (« Les villes de grande solitude »)… Un chanteur pour les beaufs, quoi. Et de , avec ça. La vraie, la nauséabonde, celle du RPR des années 80 : Jacques Chirac quand il faisait encore semblant d’être réac.

Les années 80, justement, Sardou en parle volontiers. « On fumait, on faisait l’amour, on roulait vite, on pouvait boire, le théâtre marchait, les affaires marchaient. » Eh oui, peut-être ; il y avait le chômage, la culture à la Jack Lang, les affaires de Mitterrand et la Marche des beurs, mais c’était quand même bien. C’était alors la queue de comète des Trente Glorieuses, les vraies, celles qui font aujourd’hui rêver les jeunes : les années 50-60, musique américaine, films d’Audiard, contestation pré-68 ; porter un blue jean était un acte politique, fumer dans les bureaux une évidence. L’ennemi de était menaçant, mais il s’appuyait sur une partie du peuple, sur cette aujourd’hui périphérique, et pas sur une poignée de start-uppers aux dents longues qui ne connaissent de périphérique que la ceinture qui sépare les centres d’examen des salles de cours de Sciences Po.

Sardou a cessé de chanter de sa propre volonté, considérant qu’il était assez vieux pour tout ça. Il n’a, en revanche, rien perdu de sa gouaille et de sa sincérité. Fait commandeur de la Légion d’honneur par Roselyne Bachelot, alors que celle-ci a été testée positive au Covid-19 le lendemain, Michel Sardou s’est retrouvé cas contact. « Commandeur Covid », selon ses propres mots.

Mais le Covid-19 fera-t-il quoi que ce soit au vieux chanteur, à l’indestructible réac ? L’époque pasteurisée qu’il déteste le mettra-t-elle KO à coups de gestes barrières, de distanciation sociale, d’écouvillons et d’attestations ? Rien n’est moins sûr.

En voilà, une fable bien peu inclusive : Le Chanteur et le Virus ! Quel talent, Michel !

23 mars 2021

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