La défense de « nos valeurs républicaines » est devenue une invocation quotidienne, tout en laissant ces valeurs pudiquement voilées. Elles ne sont en effet guère énumérées, sauf s’il ne s’agit que de la devise « Liberté Égalité Fraternité » que nous partageons avec la République d’Haïti.

La Fraternité est si moribonde en France qu’on ne prononce plus guère son nom. Pour la réanimer, on projette une loi contre le « séparatisme », finalement intitulée « loi confortant les principes de la République ».

La Liberté ne va pas mieux. Sans parler de la liberté d’expression, qui se réduit comme peau de chagrin, les privations d’activité croissent, même entre deux confinements.

En ce temps de pandémie, l’Égalité est plus que jamais la valeur centrale, si religieusement cultivée qu’elle devient un dogme. À défaut d’être libres et frères dans la patrie, soyons encore plus égaux. Ainsi, pour lutter contre le Covid-19, les restrictions sont imposées aux jeunes comme aux vieux, alors que le virus tue surtout les personnes très âgées et laisse rarement de séquelles aux jeunes sans comorbidité. Au nom de l’Égalité, il a été inenvisageable d’imposer aux personnes à risque un confinement sélectif. Par exemple, tout le monde doit pouvoir aller au restaurant ou au théâtre, ou bien personne. Pas question d’interdire l’accès seulement aux plus vulnérables, qui sont pourtant essentiellement ceux qui déborderont notre actuel système de santé en nécessitant une hospitalisation s’ils sont contaminés.

N’ayant pas suffisamment de pour tous, on a choisi de vacciner prioritairement les personnes les plus âgées et dépendantes vivant en EHPAD. Certains ont donc plus de droit au que d’autres, mais l’Égalité reste bien le principe, car ce privilège des aînés vise à ce que les vieux cessent au plus vite de mourir davantage que les jeunes. En définitive, embryons et fœtus mis à part, on veut un droit égal à tous de vivre. La mort est devenue aussi insupportable quel que soit l’âge. Bien qu’elle soit inéluctable, on peine à l’envisager, même pour un centenaire en EHPAD. On a ainsi estimé qu’il n’était pas dérisoire d’essayer de prolonger de quelques semaines ou mois la vie de grands vieillards. Ceux qui, au contraire, ont encore peu vécu attendront davantage le vaccin, quitte à avoir la malchance d’être fauchés dans leur jeunesse.

Malgré les consultations psychologiques envisagées, de nombreux bien portants ayant peu à craindre du Covid-19 auront leur vie bouleversée, possiblement jusqu’au suicide, par leur isolement ou leur ruine dus aux décrets sanitaires. Globalement, notre politique aboutit à prendre de la vie aux jeunes pour la donner aux vieux. On étend le principe égalitaire connu de « prendre aux riches pour donner aux pauvres ». Cependant, de même que « trop d’impôt tue l’impôt », un excessif s’avérerait néfaste même pour ceux ayant la santé la plus fragile.

Contre la pauvreté, partager est utile à court terme, mais créer des richesses, ce que seul le travail permet, est le seul remède durable. De même, contre la maladie, répartir la pénurie ne suffit pas et le travail est fondamental. Si on considérait bien la valeur travail, nous devrions maintenant tous avoir une idée du nombre de lits d’hôpitaux en construction, d’infirmiers en formation, et avec quel salaire attractif, pour adapter notre capacité de soin à la population vieillissante. Aussi, puisque « nous sommes en guerre », la République recruterait parmi nos chômeurs une armée sanitaire. Par exemple, des dizaines de milliers de citoyens distribueraient activement du gel hydroalcoolique avant l’accès à tous les transports en commun et supermarchés pour réduire la propagation virale autrement qu’en restant confiné. Dans notre société de loisir, promouvoir le travail, mot un temps accolé à ceux de Famille et Patrie, paraît ringard. Est ce un « principe républicain » ? En tout cas, il n’a pas la force de l’Égalité. Pourtant, le travail, c’est la santé, avec, bien sûr, des pauses à respecter pour la conserver !

27 janvier 2021

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