Le dimanche 18 avril dernier, Emmanuel Macron, interviewé par la chaîne américaine CBS, en dit plus sur sa position à venir vis-à-vis de la Russie. La phrase à retenir de cet entretien ? Celle-ci : « Je pense qu’après un comportement inacceptable, nous devons sanctionner. » Mais, au fait, qui s’arroge le droit de punir qui ? Quel État constitué se trouverait-il à ce point au-dessus des lois pour punir son voisin, au nom de « valeurs » n’ayant cours qu’au sein de ses propres frontières ? En même temps, il ne le dit pas.

Au cœur de la polémique, il y a aussi le déploiement de plusieurs dizaines de milliers de soldats russes aux frontières de l’Ukraine. Mais il ne s’agit jamais que d’une affaire strictement russe ne concernant que les intérêts du Kremlin. Un peu comme si la Russie demandait des comptes à l’Élysée pour ses soldats engagés en Afrique noire depuis des décennies ; certes pour lutter contre le terrorisme islamiste, mais aussi pour défendre son historique zone d’influence.

Hormis la très contestable dimension « morale » de ces « punitions », quid de leur éventuelle efficacité politique ? Depuis des décennies, Iran et Cuba sont sous embargo, mais La Havane et Téhéran sont toujours là, encore plus remontés contre des agresseurs dissimulant leurs petits intérêts nationaux sous ceux de grands principes internationaux. D’où l’occasion de se poser la question consistant à se demander si ces « États voyous » ne seraient pas les plus « voyous » des « États »…

Mais Emmanuel Macron, toujours « en même temps », estime que ces « sanctions » ne seraient pas « suffisantes », faute d’un « dialogue constructif ». Et d’affirmer, au passage : « Nous avons besoin d’un dialogue franc et ouvert avec la Russie. » Pour autant, ce dialogue ne doit pas se faire à n’importe quelles conditions, notre président jupitérien ajoutant : « Je pense que nous devons définir des claires lignes rouges avec la Russie. »

Assez bizarrement, ces « lignes rouges » font assez penser à celles de la Maison-Blanche… En effet, que les mettent tout en œuvre pour que l’Ukraine rejoigne l’ est parfaitement compréhensible. Que la Russie puisse y voir une agression avérée l’est tout autant : on ne rappellera jamais assez qu’après la chute de l’URSS, il fut convenu que les deux pactes, celui de Varsovie comme celui de l’OTAN, devaient mutuellement se dissoudre, faute de combattants. La vérité oblige à dire que l’un des deux tint sa parole et l’autre pas. Et que celle de l’ n’est que monnaie de singe.

Ce pas de deux en forme de tango vaut encore pour le fameux opposant au Kremlin Alexandre Navalny, aujourd’hui tenu pour sorte d’Antigone moscovite, pourtant condamné pour escroquerie et placé en prison pour avoir violé son contrôle judiciaire. Le sort de cet homme serait donc au cœur des préoccupations de cette communauté internationale ; laquelle n’étant jamais que celle de l’Occident, cache-sexe sémantique dissimulant une fois de plus les seuls intérêts américains.

Au passage, la même « communauté internationale » oublie un peu vite qu’Alexandre Navalny fit, naguère, partie de ces mouvements si racistes et ultra-nationalistes que Vladimir finit par les interdire afin de ramener un peu de concorde en son pays.

À croire qu’il puisse en aller de l’« extrême droite » comme des chasseurs. Il y a les « bons » et les « mauvais ». Mais bizarrement, et ce, depuis que le communisme n’est plus, il n’y a plus ni de « bons » ni de « mauvais » Russes, mais seulement de méchants « kagébistes ». Et là, il n’y a pas « d’en même temps » qui tienne.

19 avril 2021

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