Audio - Editoriaux - Entretiens - 9 avril 2019

Robert Ménard : « Crèches dans l’espace public : le soutien du pape François, au-delà du cas de Béziers, est important pour les élus qui ne veulent pas renier ce qu’ils sont ! »

Le pape François a déclaré trouver inadmissible l’interdiction des crèches dans l’espace public. Condamné, chaque année, pour en exposer une dans sa mairie, Robert Ménard se dit enchanté de ce soutien inattendu. Réaction au micro de Boulevard Voltaire.

Aujourd’hui, le pape François a déclaré qu’il considérait inadmissible l’interdiction des crèches de santons dans les places publiques. Il a peut-être même évoqué le cas de Béziers en 2017, qui s’est d’ailleurs reproduit en 2018. Le sous-préfet de l’Hérault avait attaqué en justice l’installation de ce symbole dans votre mairie. Ce soutien inattendu du successeur de Pierre vous réconforte-t-il dans le choix de réinstaller une crèche en décembre prochain ?

Cela me fait énormément plaisir. Dieu sait qu’il m’est arrivé de critiquer le pape François, mais là, je trouve que c’est un soutien important qu’il nous apporte en faisant référence à Béziers.
Cela fait quatre ans qu’on est poursuivi systématiquement devant la justice. On aura de nouveau une crèche dans l’hôtel de ville à Noël prochain à Béziers. J’espère qu’il va venir nous soutenir. On l’accueillerait les bras grands ouverts.
Je me permet une petite critique, ironique venant de ma bouche. Il ne s’agit pas d’une petite ville, mais d’une ville moyenne. Nous avons quand même 80.000 habitants ! Mais je lui pardonne de ne pas connaître le nombre d’habitants de Béziers.
Trêve de plaisanterie. Il est très important pour nous d’avoir entendu les mots du pape. Nous avons des traditions et il faut les respecter. Il est important de réaffirmer les racines de ce pays et de cette Europe judéo-chrétienne face à un préfet et à tout un tas de gens qui veulent éradiquer tout ce qui ressemble à ce que nous sommes.

Confirmez-vous que le pape parlait bien de Béziers ?

En dehors de la France, il n’y a pas vraiment de pays très laïc. Il décrit ce qui s’est passé, jusqu’à la plainte du préfet de région. C’est exactement ce qui s’est passé pour nous à Béziers. Cela me fait très plaisir que le pape nous apporte son soutien de cette manière-là.
Au-delà du cas de Béziers, c’est important pour tous les maires et tous les élus qui ne veulent pas renier notre pays et ce qu’ils sont.
Dans la salle du conseil municipal, tout un tas de tableaux racontent l’histoire de Béziers. Cette histoire est intimement liée au christianisme.
Veut-on que j’enlève tel ou tel de ces tableaux parce qu’il y a saint Aphrodise dessus et qu’il ne serait pas de bon ton de confondre la République et la religion ?
Dans notre pays, elles sont toutes les deux intimement liées.

Sur 36.000 communes en France, seulement une seule semble attachée à installer le symbole populaire qu’est la crèche. Pensez-vous que nos représentants politiques soient apeurés ? Ou bien sont-ils les fers de lance d’une laïcité dévoyée ?

Je crois que beaucoup de maires seraient prêts à le faire. D’ailleurs, certains le font en catimini. Nous, nous le faisons ouvertement, sans nous cacher. Nous faisons, évidemment, l’objet de l’attention de la presse puisqu’elle nous suit particulièrement. Les pouvoirs publics multiplient les procédures et les plaintes contre la ville de Béziers. Je précise que nous sommes condamnés chaque année.
Malgré tout, nous nous entêtons. Les autres maires craignent le qu’en-dira-t-on, les procès, les autres maires, l’attitude des médias et leur préfet. Ces gens peuvent, en effet, vous faire du tort.
Béziers est une ville de 80.000 habitants. Nous avons l’habitude d’être montrés du doigt. Nous vivons avec et nous nous affranchissons donc de ces craintes-là.
Bon nombre de mes amis élus ne cessent de me dire que nous avons absolument raison. Lorsque je leur demande pourquoi ils ne font pas la même chose, ils me répondent qu’ils vont avoir des ennuis ou des emmerdes. Je les comprends. Pour certains, le courage leur manque et pour d’autres, à juste raison, ils ont peur des représailles. Je les comprends et ne les mettrai pas en cause.

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