Une réforme floue, un million de manifestants qui battent le pavé, des syndicats qui prennent la relève des gilets jaunes et, aujourd’hui, les annonces d’Édouard Philippe sur le projet des retraites. Quel avenir pour les Français ?

Réaction d’ au micro de Boulevard Voltaire.

Le Premier ministre Édouard Philippe a détaillé la réforme attendue et redoutée des retraites. Personne n’a été déçu puisque les syndicats ont été unanimes. La CFDT était pourtant plutôt d’accord avec le principe de réformer les retraites.
Que retenez-vous de cette réforme ?

Je n’ai pas trouvé notre Premier ministre très convaincant. La plupart des Français sont d’accord pour qu’il y ait une . La durée de vie augmente et on se rend bien compte qu’on va dans le mur si on ne réforme pas. Je vous rappelle que dans les années 50, 60, 4 actifs finançaient 1 retraité. Aujourd’hui, seul 1,7 actif finance 1 retraité. On tend vers une baisse de 1,3 actif pour 1 retraité. Il faut donc forcément réformer.
La réforme du Premier ministre telle qu’elle est présentée aujourd’hui souffre de trois péchés originels. Le premier, c’est qu’il protège son électorat, les baby-boomers. Sa réforme ne s’appliquera qu’aux Français nés après 75. La génération 2004 qui va entrer directement dans la danse sera complètement sacrifiée. Elle devra rembourser la dette des retraites et la dette publique, et supporter le coût de la grande dépendance dont on ne parle absolument jamais, mais qui s’avère probablement exorbitant. Tout cela au nom de la solidarité intergénérationnelle qui a bon dos dans cette histoire et surtout qui ne s’appliquera pas à notre jeunesse.
Le deuxième péché de cette réforme telle qu’il la présentée c’est que l’on ne sait rien de son financement. Il n’en parle absolument jamais, hormis l’âge pivot, 64 ans. Rien n’est évoqué pour le financement des réformes qu’il propose. Or, de nombreux Français ont déjà reculé l’âge de leur départ à la retraite. Est-ce que cette seule mesure préconisée aujourd’hui suffira ? Rien n’est moins sûr.
Le troisième péché, c’est un renforcement du centralisme et de la tutelle de l’État. Pourquoi uniformiser les complémentaires ? Pourquoi se mêler des caisses des professions libérales qui marchent très bien sans l’État ? Tout va revenir sous sa coupe et dans sa main. Édouard Philippe a beau dire qu’il ne récupérera pas les réserves des caisses privées quand elles ne seront plus alimentées et qu’elles devront continuer à payer les retraités, on arrivera au même résultat.
J’attends avec impatience le texte précis. Il a expliqué que le texte devrait être examiné par le parlement fin février. Il reste beaucoup de zones d’ombres et de zones d’incertitudes. On ne peut pas signer un chèque en blanc au gouvernement avec les annonces faites aujourd’hui.

Les conséquences de cette réforme sont visibles. Le pays est bloqué et un million de personnes battent le pavé dans toute la France à chaque appel des syndicats. Emmanuel Macron affronte le pays puisque la contestation qui l’affronte aujourd’hui n’est pas née de la réforme des retraites à la base.

Tout cela est dans la continuité du mouvement des Gilets jaunes. Il suffit de se promener parmi les manifestants et de regarder les panneaux qui sont brandis pour voir que la réforme des retraites inquiète certes beaucoup, mais pas uniquement. La grogne est bien plus générale que la seule réforme des retraites. On est dans la droite ligne et dans la droite continuité du mouvement des Gilets jaunes pour certains, sans les violences, à quelques exceptions près. Telles que les annonces ont été présentées aujourd’hui, le mouvement n’est pas près de s’arrêter. C’est un vrai problème pour la situation économique de notre pays. Je vous rappelle que ceux qui trinquent en premier lieu sont les PME.

On sent la situation davantage sous contrôle. Pour la première fois depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron affronte cette fois des interlocuteurs déclarés. Cela avait posé des difficultés avec les Gilets jaunes puisqu’ils n’avaient pas d’interlocuteurs privilégiés pour faire cesser les manifestations.
Les syndicats sont-ils en mesure de pouvoir cesser les mobilisations ?

Les syndicats absents l’année dernière ont aujourd’hui repris la main. C’est rassurant pour le gouvernement et pour Emmanuel Macron. Il n’y a rien de pire quand on n’a pas d’interlocuteurs en face pour discuter. Là, des négociations sont possibles. Ce n’était pas le cas avec le mouvement des Gilets jaunes puisqu’on n’avait pas d’interlocuteurs désignés. Édouard Philippe s’est bien gardé de fermer la porte. Je pense que les discussions ne vont pas s’arrêter, elles vont continuer, surtout si les syndicats continuent de mettre la pression par la rue. Depuis quelques jours, c’est la revanche des syndicats.

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