Raphaël Stainville : “La gauche découvre la réalité de l’état de la France trente ans après”

“Il existe, aujourd’hui, des endroits où le fait de ne pas être issu de l’immigration peut poser problème”, déclarait, récemment, Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste.

Raphaël Stainville, rédacteur en chef à Valeurs actuelles, réagit à ces propos et analyse la prise de conscience d’une partie de la gauche sur l’état des banlieues.

‘’Il y a des endroits qui donnent le sentiment que l’on est dans une forme de colonisation à l’envers’’. Ces propos ne viennent pas de Marine Le Pen, mais du premier secrétaire du parti socialiste, Olivier Faure. Peut-on parler d’une prise de conscience tardive ?

Oui, c’est une prise de conscience tardive, mais qu’il faut malgré tout saluer. Il est si rare à gauche que certains acceptent de nommer les choses qu’on en viendrait presque à applaudir. D’autres avant lui s’y étaient essayé bien que timidement et sans avoir sa position. Malek Boutih notamment, l’ancien président de SOS racisme, avait pu tenir des propos similaires.
Ici, celui qui s’exprime est le premier secrétaire du Parti socialiste. Et il est vrai qu’il y a quelque chose d’incongru. Pour autant, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une stratégie. Il est extrêmement minoritaire dans son parti à oser dire cette situation en ces termes. On pourrait d’ailleurs analyser les mots qu’il emploie. ‘’Colonisation à l’envers’’ signifie aussi qu’il ne reconnaît aucun bénéfice à la colonisation de la France. À l’origine, cette prise de parole est une concession faite à un auditeur de France Inter qui l’interroge sur le racisme anti-blanc. Il reconnaît le problème de racisme anti-blanc que subissent ces populations. Il reconnaît que ces populations autochtones ont des difficultés à vivre sur une terre qui leur appartenait et subissent d’autres cultures importées d’ailleurs.

On peut citer dans son camp deux autres personnalités, François Hollande qui avait osé parler de ”partition” et Gérard Collomb qui craignait qu’un jour nous soyons obligés de vivre face à face. Collomb et Hollande ont-ils légitimé cette parole-là au sein de parti socialiste ?

François Hollande a été le premier à permettre la libération de la parole. C’est assez intéressant, mais aussi dramatique. Il n’a eu ce discours que de manière extrêmement privée à l’occasion d’entretiens avec deux journalistes du Monde. Il n’a finalement découvert les propos qu’il avait eus dans le palais de l’Élysée, alors qu’il était Président, qu’à la lecture du livre de Davet et Lhomme. Lorsque François Hollande parle de ‘’partition’’, il ne le fait que dans ce cadre-là et jamais de manière publique. Jamais pendant tout son mandat, il s’est exprimé de la sorte. Ce grand écart permanent entre la parole publique et la parole privée est assez troublant.
Concernant Gérard Collomb, il le fait lors de sa dernière déclaration comme ministre de l’Intérieur lors de sa passation de pouvoir. Il livre donc une sorte de testament à ses successeurs, à commencer par Castaner, en leur rappelant qu’aujourd’hui les Français vivent côte à côte, mais que demain ils pourraient très bien vivre face à face. Il accepte ce risque de confrontation de deux populations qui ne se comprennent plus, qui ne parlent plus la même langue et qui ne partagent plus la même culture.


Vous rappelez Davet et Lhomme. Ils ont écrit un livre sur l’islamisation de la société. Chez Valeurs Actuelles, vous avez quand même dû être interloqués ?

C’est quand même extraordinaire. Pendant des années, Davet et Lhomme ont fait la leçon comme beaucoup d’autres parmi l’hémisphère gauche, quand Valeurs Actuelles et d’autres journaux tenaient les mêmes propos. Ils découvrent la réalité 30 ans après les autres et ils semblent être des découvreurs.
Pendant des années, on intéressait davantage à la source, à l’émetteur, à celui qui tenait ces propos, plutôt qu’à la réalité qu’ils décrivaient. Il faut se rappeler ce qu’Éric Zemmour et d’autres ont pu dire sur l’état de nos banlieues et de la France, sur l’état de sécession d’un certain nombre de quartiers de la République pour qu’on s’étonne aujourd’hui du courage de Davet et Lhomme. Ils ne font que rétablir des faits qui sont connus de l’ensemble des Français et il n’y a plus que la gauche pour s’étonner.