Radars, 80 km/h : la révolte est partie de là mais le gouvernement n’y apporte aucune réponse !

La grande question de l’administration, en cette fin d’année, ce n’est pas « Qui veut gagner des millions ? » mais « Qui va payer les millions ? » Oui, les millions, pas les milliards des mesures votées il y a quelques jours pour répondre à la crise des gilets jaunes, mais les millions des radars détruits. Pour ces millions comme pour ces milliards, j’ai une petite idée de la réponse : vous, moi et nos enfants, par la dette. Vous pouvez d’ores et déjà leur transmettre votre gilet en héritage. Ils auront au moins ça.

Donc, les deux tiers des 4.500 radars sont aujourd’hui détruits ou hors service. Et l’administration songe, évidemment, à une rapide remise en état car ces petites boîtes sont les nouvelles perceptions de l’État : ils ont rapporté plus d’un milliard d’euros et, avec leur multiplication (radars embarqués, etc.) et l’abaissement des limitations à 80 hm/h, le gouvernement visait les 1,3 puis 1,4 milliard par an. Tout ça, évidemment, pour sauver des vies. Même avec un coût important pour cette remise en route, l’opération financière est toujours largement bénéficiaire, les radars rapportant 37 fois plus qu’ils ne coûtent.

Mais le gouvernement, une fois de plus, aurait tort de n’envisager la question que sous l’angle des chiffres et de se précipiter dans la restauration des radars.

La révolte des gilets jaunes est bien partie de l’imposition des 80 km/h uniformément à tout le réseau national. Avant d’exploser en novembre, il y avait eu des alertes en janvier, en mars, en juin et en août. Or, le gouvernement n’a absolument pas répondu à cet abcès initial. Il aurait pu décider une modulation, une décentralisation des limitations de vitesse, accordée aux départements, un moratoire sur les radars. Rien.

À ne pas voir l’origine de la colère, il prend le risque de nouvelles révoltes. Les destructions de radars, ces derniers jours (une dizaine en une nuit dans le Vaucluse, un autre entre Villeneuve-sur-Lot et Agen avant-hier), devraient l’alerter.

Au lieu de cela, l’administration compte accentuer la répression de l’automobiliste. Et celle que Le Point appelle joliment “la suffragette de la sécurité routière”, la papesse des 80 km/h, Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, a même soufflé une idée de génie au gouvernement :

« Pour ceux qui ont décidé que la casse était leur mode d’expression, nous demandons que les radars soient remplacés par des voitures banalisées. Elles sont beaucoup plus difficiles à détruire et permettront un contrôle permanent sur toutes les routes, quelles qu’elles soient. »

En voilà une qui a compris les ressorts psychologiques profonds de la révolte des gilets jaunes !

Le contrôle permanent : voilà leur projet. En revanche, pour les fichés S, on se pose de graves questions éthiques pour savoir si l’on peut utiliser ou pas la vidéosurveillance. Quant aux mosquées salafistes, il faut une longue procédure pour obtenir leur fermeture. L’administration française n’est pas aussi radicale avec certains qu’elle l’est avec les automobilistes.

Ce n’est pas en ignorant ce point de fixation de la colère, ni en instaurant une répression encore plus sournoise, qu’Emmanuel Macron et Édouard Philippe rétabliront la confiance perdue.

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