Editoriaux - 29 décembre 2018

Après les gardiens de la paix, les scientifiques de la police montent au créneau

Sans eux, les services de police ne fonctionneraient pas. Les policiers ne seraient pas administrés. Les scènes de crime ne seraient pas couvertes. Et les matériels ne seraient pas entretenus. Eux, ce sont les personnels administratifs, techniques et scientifiques de la police nationale. Ils représentent environ 12 % des effectifs globaux de l’administration policière, mais ne sont pas considérés comme des policiers à part entière. De fait, ils ont des statuts qui les écartent des grands avantages des policiers dits « armés » et sont donc tenus, le plus souvent, à l’écart des grandes réformes qui touchent l’institution.

À la suite des avantages salariaux récemment obtenus par leurs collègues gradés et gardiens de la paix, ils ont donc décidé d’entamer un mouvement et ont appelé à la grève pour la nuit de la Saint-Sylvestre. Car contrairement aux corps actifs de la police qui, de par leur statut spécial, n’ont pas le droit de grève, ces fonctionnaires peuvent, suite à un mouvement concerté, cesser leur travail comme n’importe quel autre travailleur.

Depuis longtemps, déjà, ces auxiliaires précieux de la police demandent à bénéficier des mêmes privilèges que leurs collègues, commissaires, officiers, gradés ou gardiens de la paix. Notamment de ce fameux statut spécial qui permet aux personnels actifs de partir plus tôt à la retraite, de bénéficier de bonifications d’annuités (cinq ans, au maximum) ou encore de grilles indiciaires déconnectées de celles de la fonction publique et, donc, largement plus intéressantes. Enfin, de profiter de l’indemnité de sujétion spéciale (couramment appelée prime de risque), laquelle peut représenter une part non négligeable de la rémunération des fonctionnaires de police (18 à 20 %, en moyenne).

Mal-aimés des grandes réformes qui ont touché la police nationale, les personnels administratifs et scientifiques de la police ont toujours énormément de difficulté à se faire entendre. D’abord, du fait de leur nombre. Un peu moins de 20.000 en tout, ils représentent une force secondaire, face aux 120 à 130.000 policiers actifs que compte l’institution. Ensuite, du fait de leurs statuts. Chargés de missions de soutien plus que de terrain, ils ont toujours eu les pires difficultés à faire reconnaître la spécificité et les contraintes de leurs emplois. Enfin, n’occupant aucun poste à responsabilités supérieures, ils n’ont que peu de poids au sein d’un chaîne hiérarchique solidement tenue par les corps d’administration centrale – dont le corps préfectoral d’un côté, et celui des commissaires de police de l’autre.

Face à Castaner, ils vont donc tenter l’impossible. Faire reconnaître l’importance de leur participation aux missions de sécurité intérieure dans notre pays et tenter d’obtenir quelques avancées statutaires. La tâche sera rude. En effet, ils ne disposent pas des mêmes moyens de pression que leurs collègues actifs et sont, malheureusement, divisés en un nombre important de syndicats, ce qui affaiblit l’impact de leurs actions et ne manquera pas de pénaliser leurs revendications, au demeurant fondées pour la plupart. Seul avantage : ils bénéficient d’un contexte favorable qui pourrait leur permettre de plaider leur cause avec succès.

Ces personnels, dévoués mais méconnus du grand public, seront donc fixés sur leur avenir début janvier. Le ministre de l’Intérieur devrait, en effet, les recevoir le 8 janvier afin de négocier avec eux certaines de leurs demandes. Il reste à souhaiter qu’ils pourront bénéficier du soutien de l’ensemble de la « maison » qui, elle, sait combien elle doit à ces fonctionnaires de l’ombre.

À lire aussi

Un CRS en cour d’assises : un bouc émissaire facile !

Les donneurs d’ordres ainsi que ceux qui ont conduit les opérations de maintien de l’ordre…