Pour un raciste, tout s’explique par la race. On notera que de savants racistes expliquant la marche du monde par le seul déterminisme de l’épiderme et du diamètre des crânes, tels jadis Arthur de Gobineau ou Georges Vacher de Lapouge, il n’y a plus guère, si ce n’est plus. De l’autre côté de la barrière, les antiracistes pour lesquels le même déterminisme racial est au cœur de toutes choses paraissent bénéficier d’une meilleure aura médiatique que leurs devanciers.

Pour les premiers, les Blancs avaient vocation à dominer. Pour les seconds, les Blancs doivent expier leur ancestral statut de dominateur. C’est à peu près l’inverse, sauf que c’est globalement le même concept, puisque réduit à la même hiérarchie raciale supposée. Comme si les Noirs et les Blancs étaient respectivement faibles et forts par essence.

La preuve par Joe Biden qui, dans sa course à la Maison-Blanche, affirme à destination de ses potentiels électeurs afro-américains : « Je vais vous dire, si vous avez un problème pour décider si vous êtes pour moi ou pour , alors vous n’êtes pas noir. » Là, c’est le grand retour à La Case de l’oncle Tom, le maître blanc décidant pour qui l’asservi noir doit voter. Dans le registre de l’humanisme et de l’émancipation civique, on a vu plus convaincant.

Heureusement, des voix, elles aussi « noires », sont de plus en plus nombreuses à s’élever contre cette pensée sottement binaire, telle Rachel Khan, écrivain et juriste, dans son livre Racée qui refuse, justement, d’être « assignée » à son seul taux de mélanine. Citée par Le Point, elle affirme ainsi : « Les mots de racisé.e ou afro-descendant.e me font froid dans le dos. Il a pourtant fallu que je les avale, ces termes, au point de devenir “femme de couleuvre”. »

Il est vrai que le pedigree ethnico-culturel de cette dame peut donner à réfléchir tout en provoquant les pires cauchemars, à la fois chez les racistes et les antiracistes, puisqu’à la fois africaine et européenne, binationale franco-gambienne aux ascendances juives et de lointaine religion animiste, quoique de culture islamo-chrétienne. Et notre fine mouche de noter : « Avant l’intensification des replis , les choses étaient plus sympathiques. J’apportais d’autres réalités selon les milieux, un décalage, une porosité dans les différents groupes que je rencontrais. J’étais Juive chez les Noirs, Noire chez les Juifs, juriste chez les artistes, artiste chez les politiques… Maintenant, je suis à chaque fois quelque chose “de service” ! »

Pour abonder en son sens, on ajoutera que les trois principaux facteurs pouvant permettre de définir un être humain sont, dans l’ordre, la culture, la religion et la couleur de peau. Emil Cioran, philosophe d’origine roumaine, disait : « On n’habite pas un pays, on habite une langue. » Léopold Sédar Senghor, défunt président du Sénégal et membre éminent de l’, n’aurait pas mieux dit.

Car la langue, c’est la culture, soit une sorte de connivence innée entre amateurs de Molière et de Brassens, Noirs ou Blancs, par exemple. La religion participe de ce même processus culturel : à une sortie de , il n’y a ni Blancs ni Noirs, juste des hommes et des femmes unis dans la même communion spirituelle. En ce sens, les questions d’épiderme ne sont finalement qu’anecdotiques.

Pour finir, il y a encore le grand non-dit des nouveaux antiracistes : la question sociale. En effet, quoi de commun entre un milliardaire noir, rappeur ou sportif, et un balayeur, certes noir lui aussi, mais dont les problématiques quotidiennes sont aux antipodes ?

À croire que ces questions sont bien trop sérieuses pour être abandonnées à d’incultes turlupins, même si brillant, tels des miroirs de bordel, d’un viatique universitaire acquis plus par l’intimidation que le mérite.

Les racistes peuvent être souvent pénibles, mais parfois se reposent ; alors que les antiracistes, eux, ne comptent pas leurs heures…

9 mars 2021

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