Mardi matin, François-Xavier Clément, directeur de l’établissement, a dû ouvrir sa porte aux huissiers venus lui signifier sa mise à pied et exigeant qu’il leur remette immédiatement tout le matériel (ordinateur, badges, clés…) lié à l’exercice de ses fonctions. Même sanction pour le préfet des terminales, Jean Ducret, qui, lui, pour assurer le suivi de ses élèves, s’était confiné dans l’établissement.

Dans le même temps, une lettre a été envoyée aux parents et au personnel de l’établissement par le président du conseil d’administration de l’école, au sein duquel siègent deux membres de la direction diocésaine de l’enseignement catholique. Elle fait état d’une « analyse des situations de travail auprès des cadres de l’établissement […] [ayant] décelé l’existence de pratiques managériales dysfonctionnelles portant atteinte à la santé et à la sécurité physique et psychique de ses collaborateurs » et d’une « situation grave [exigeant] des mesures immédiates ».

François-Xavier Clément a aussitôt répondu par un communiqué de presse à ces accusations à la fois vagues et graves, propres à semer le trouble. « Il n’est en aucun cas question de soupçons d’agressions sexuelles ni envers les enseignants, ni envers les élèves. » Il affirme « [ne pas en savoir] davantage » : à sa connaissance, aucune conclusion, après cet audit, n’a été rendue.

Une enseignante que nous avons contactée se dit « stupéfaite, sidérée » par cette décision, et même « terrorisée » à l’idée de revenir dans l’établissement, à l’instar, martèle-t-elle, de nombre de ses collègues. Elle exprime son mécontentement – « à aucun moment, nous n’avons été sollicités, nous autres professeurs, pour être entendus dans le cadre de cet audit » – et, pour elle, l’explication ne fait pas un pli : quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage… en profitant, en plus, de la dispersion du corps enseignant et des parents en ces temps de crise sanitaire et de vacances scolaires. Depuis des années, le torchon brûlerait à bas bruit entre la direction diocésaine de l’enseignement catholique et François-Xavier Clément. Pour ce professeur, on lui reproche tout simplement « d’avoir remis le bon Dieu au centre » dans cet établissement d’excellence. « Pour une école catholique, c’est pourtant la moindre des choses », rajoute-t-elle… avant d’ironiser : « Et il a instauré l’uniforme pour les élèves, vous imaginez le scandale ! » Elle s’étonne, par ailleurs, du calendrier pour le moins mal choisi de ce « débarquement », le directeur venant de perdre son père dans la pandémie.

Pour un cadre éducatif, cette décision est également incompréhensible. Quel motif gravissime et impérieux nécessitait, au lendemain de Pâques et en plein confinement, de faire débarquer des huissiers au domicile du directeur, devant ses enfants… Pourquoi désorganiser un peu plus l’établissement alors que Parcoursup et la gestion des épreuves du bac plongent déjà tout le monde, compte tenu des circonstances, dans la confusion ? Un supposé « harcèlement » de la part du directeur envers certains cadres ? Même si le directeur a son franc-parler, ce cadre n’y croit pas. Et, du reste si l’audit était arrivé à cette conclusion, le courrier du CA ne se priverait pas, d’après lui, de le mentionner. « Sans compter que ce n’est pas logique : si une telle situation avait été constatée, le confinement y mettait fin de facto. Alors, pourquoi cette précipitation ? »

Du côté des parents, les interrogations ne sont pas moins grandes. Une mère de famille s’agace de la grande discrétion de l’APEL (Association de parents d’élèves de l’enseignement libre), censée représenter les parents et relayer leurs doléances, mais qui s’est contentée, selon elle, d’un courrier lénifiant. Une autre a donc décidé de prendre le taureau par les cornes et de lancer une pétition de soutien pour le directeur. Ouverte à tous, elle avait réuni, mercredi matin, 1.500 signatures.

À cette heure, Jean-François Canteneur, directeur diocésain, n’a pas encore répondu à nos sollicitations.

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