Culture - Editoriaux - Politique - 29 juin 2018

Quand Muriel Pénicaud fait l’épouvantail à moineaux

Paris Match, “Le poids des mots, le choc des photos”, disait autrefois la réclame.

Pour les mots, il y a belle lurette qu’ils ne nous tiennent plus en haleine ; quant aux photos, la concurrence est rude…

Le magazine sur papier glacé qui faisait les beaux jours des années gaullo-pompidoliennes s’est offert une reconversion : Match est passé du reportage de guerre aux portraits de politiques. Répartition tacite : à Jours de France, enfant de feu Marcel Dassault, les pages sur les têtes couronnées et le rocher de Monaco ; à Paris Match Lionel Jospin dans sa cuisine, François Fillon en son manoir et Le Pen à Montretout.

Cette semaine, c’est Muriel Pénicaud qui régale. Il faut dire que c’est très “régalatoire”.

Notre ministre du Travail pose, en effet, sur un pied, jambe gauche relevée, orteils plantés dans la pelouse des jardins de son ministère et bras écartés. Pratiquante de tai-chi, il paraît qu’elle tente ici une difficile posture de yoga. Pour moi qui ai eu une enfance campagnarde, j’y vois plus nettement l’épouvantail à moineaux du père Chapard. Précisément celui qu’il avait installé dans le verger, entre les cerisiers et les poiriers. Jusqu’à la tête ébouriffée de notre ministre du Travail qui n’est pas sans rappeler celle, en ficelle, dudit épouvantail.

Cette pauvre madame Pénicaud est aussitôt devenue la risée des réseaux. C’est la rançon de nos gloires éphémères. Sitôt parue, sitôt détournée, sa photo est même devenue un mème, à savoir “un élément culturel reconnaissable, répliqué et transmis par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus”. (cf. Jawad Bendaoud, par exemple, le logeur de Saint-Denis).

Les twittos s’en sont donné à cœur joie :

“Sympa, votre photo de Pierre Richard. Il nous a bien fait rire », « Alors Paris Match toujours aussi propagandiste… Du tai chi non mais allô ? Voilà une info cruciale. », « Et elle a pas de travail ?” Etc.

Ils ont même créé, pour l’occasion, les hashtags #PoseTaPénicaud et #PoseTaMurielle.

Dans ces analyses anatomo-patologoci-spectrales, c’est celle de Guillaume Tabard, l’éditorialiste du Figaro, qui nous paraît la plus pertinente :

“Une seule explication : en conseil des ministres, @murielpenicaud a dit une bêtise, alors @EmmanuelMacron lui a donné un gage : “tu enlèves tes chaussures, tu te mets à cloche-pied et tu restes comme ça jusqu’à ce que je te dises (sic)”. Il ne lui a toujours rien dit. Ça c’est pas sympa.”

Dérouté par tant de réactivité, Paris Match a tenu à s’expliquer : “Sur la première photo de notre reportage, prise entre deux séances dans l’hémicycle, le jeudi 14 juin, à l’heure du déjeuner, la ministre, qui pratique le tai-chi, pose dans les jardins du ministère.” Quant à la pose, entre épouvantail à moineaux, donc, et flamant rose qui sommeille, elle serait due au fait que “cette photographe amateur [qui] expose à Tokyo ou à Paris ses clichés d’oiseaux”.

Et ça, voyez-vous, ça m’en bouche un coin, comme on dit au pays des épouvantails : vous en connaissez beaucoup, vous, des “photographes amateurs” qui exposent à Tokyo ?

 

À lire aussi

Jeff Koons : record de vente pour 91 millions de dollars… et ses Tulips bientôt sur les Champs-Élysées !

Les tulipes devaient, initialement, être installées entre le Musée d’art moderne de la vil…