Editoriaux - Réflexions - 13 août 2019

Quand la loi et la morale divergent, un dilemme nous impose de choisir, occasion rare d’exercer notre vraie liberté

Comment échapper à la logorrhée législative de lois saugrenues, liberticides et renégates d’adeptes de « La fuite en avant » (LREM) grisés par un pouvoir auquel ils n’étaient pas préparés suite à une victoire présidentielle accidentelle ? Pris de vertige progressiste sans programme, tantôt ils réfléchissent, tantôt ils parlent ; le problème est qu’ils ne le font jamais au même moment, et qu’aucun acte concret n’est posé. On parle aussi de « progrès » d’un cancer en aggravation.

Comme Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville l‘avaient prédit au XIXe siècle, la démocratie poussée à la limite de sa propre logique est devenue la tyrannie du peuple par le peuple ; en l’occurrence, celle d’une minorité activiste et déculturée face à une majorité silencieuse. Par la même perversion décrite plus tard par Karl Popper, la démocratie devenue quasi directe rend la tolérance caduque. Le concept économique de « destruction créatrice », théorisé en 1912 par Joseph Schumpeter, ne s’applique pas à la sphère sociale, encore moins spirituelle. Celui « d’évolution créatrice », théorisé cinq ans auparavant par Henri Bergson, est bien plus inspirant et prometteur.

Après « l’interdit d’interdire », dont on voit les ravages, il s’agit de fixer des limites. Car tout n’est pas relatif et ne se vaut pas ; les intentions et les actes sont bons ou mauvais, orientés vers le bien et l’intérêt général, ou vers le mal et des intérêts iniques. C’est par le refus de cette réalité que « la déflation morale entraîne une inflation légale, qui se termine en domination pénale » (cf. Jean-François Colosimo, Aveuglements).

Parce qu’avec Hanna Arendt, « on ne devrait jamais se conformer à la dégradante obligation d’être de son temps », il nous faut résister. Mieux : (ré)agir. Trois voies retiennent notre attention.

D’abord, par analogie, la théorie de la construction des niches. Au lieu de se limiter à subir la pression environnementale, un organisme peut modifier sa propre niche d’existence à travers son activité ; modifier l’espace qui l’entoure et transmettre le nouveau monde aux générations qui suivent.

Ensuite, par inspiration, la figure de « l’anarque » décrite par Ernst Jünger dans Eumeswil. Sans devenir anarchiste, parce qu’un État minimal est nécessaire, il préserve son espace de liberté en cultivant la fenêtre d’évasion mentale d’un « promeneur dans les bois » (Waldgänger).

Enfin, par engagement, la désobéissance civile, théorisée par David Thoreau en 1849. Comme les objecteurs de conscience refusant l’ordre, nous sommes appelés à faire valoir notre refus du désordre. Pour sortir de la servitude volontaire décrite par Étienne de La Boétie en 1574.

En guise d’encouragement, laissons le dernier mot à Cynthia Fleury, dans La Fin du courage : « Nous ne pouvons pas tous créer l’événement… Mais du moins chacun peut-il participer à l’avènement historique en refusant la danse morbide des simulacres. Les conditions d’émergence de l’événement, c’est déjà un beau programme. »

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