Comment ne pas comprendre la grande colère des gardiens de prison, de tous rangs (même, et peut-être surtout, les directeurs) devant le peu de soutien qu’ils ont pu obtenir des pouvoirs exécutif et législatif ? Une réflexion générale sur la prison s’impose, et pas seulement pour donner une apparence de justification aux pratiques actuelles au nom des droits de l’homme.

L’incarcération provisoire de personnes présumées (même si cette présomption n’est souvent qu’hypocrisie) innocentes et l’incarcération pour un temps prédéterminé de coupables condamnés sont deux questions différentes.

L’incarcération provisoire doit pouvoir empêcher la personne incarcérée de commettre de nouveaux méfaits ou de communiquer avec d’éventuels complices pour en préparer ou pour élaborer une défense mensongère. Il est parfois nécessaire d’y avoir recours parce que l’horreur des crimes en cause est telle que la présence en liberté de ceux qui semblent en être les auteurs, même s’ils sont « présumés innocents », peut être insupportable pour leurs victimes et leurs proches, voire entraîner des déchaînements de l’opinion publique.

En revanche, il ne faudrait jamais (et l’on sait que cette interdiction n’est que fort peu respectée) que la justice y ait recours pour infliger un premier châtiment avant jugement, ni pour faire pression sur la personne mise en examen ou son entourage. Les limites mises à la liberté d’une personne mise en examen devraient seulement l’empêcher de circuler et de communiquer librement, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la prison.

Si la « présomption d’innocence » était une réalité, il serait impensable d’infliger à de « prétendus innocents » les conditions d’incarcération actuelles. Et il ne devrait pas être impossible d’y remédier sans dépenses énormes : le prisonnier devrait pouvoir trouver dans son milieu d’incarcération un minimum de confort, celui d’une chambre d’hôtel modeste et propre avec des sanitaires séparés de la pièce principale. Il ne manque pas, dans de petites villes où l’économie est en perdition, d’hôtels qui ne sont pas rentables ou qui ferment et qu’il serait possible d’aménager pour assurer l’enfermement des prévenus et de les empêcher de communiquer librement.

Plus difficile, compte tenu de l’état de délabrement de beaucoup de nos et des destructions volontaires par les détenus, de régler le problème de conditions de détention décentes pour les condamnés. Pourtant, faire vivre dans la crasse et l’absence totale d’hygiène des personnes qui ont déjà trop tendance à ne pas s’insérer correctement dans la société humaine contribue certainement à faire de la prison une école du crime.

La première chose à faire, plutôt que d’ajouter, comme des emplâtres sur une plaie qu’on ne guérit pas, des matériels souvent coûteux destinés à rendre la prison plus supportable, serait de faire, prison par prison, un grand travail de nettoyage et de remise en état du matériel indispensable, afin d’obtenir des cellules, certes modestes, mais propres, travail qui pourrait d’ailleurs être fait en partie par les détenus eux-mêmes, moyennant une modeste rémunération. Ensuite, les détenus seraient responsables du maintien de l’hygiène de leur cellule, aucune dégradation n’étant tolérée sans entraîner une sanction punitive suivie de réparation.

Mais l’essentiel serait de redéfinir, par la loi, les droits et devoirs tant des condamnés que du personnel pénitentiaire, en sorte que les détenus, protégés, parce qu’il le faut, contre les éventuels abus et injures du personnel, soient obligés de respecter l’autorité de celui-ci, la loi ayant supprimé les interdictions absurdes qui permettent dans les faits aux détenus de détenir des matériels dangereux et de communiquer avec des complices à l’extérieur (cela, avec ou sans l’accord de Bruxelles).

25 janvier 2018

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