Ce dimanche soir, à 20 heures, les candidats et leurs équipes ne seront pas les seuls à tenter de dominer leur stress, les sondeurs seront bien plus anxieux qu’eux. Se sont-ils trompés ? La vérité nue tombera comme un couperet dimanche, dès 20 heures. L’abstention est un acteur majeur et incontrôlable de cette élection présidentielle. Au soir du premier tour, elle peut perturber largement l’ordre établi par les sondages. Pour les sondeurs, l’exercice le plus délicat consiste à évaluer avec justesse non pas seulement les votes vers les candidats mais surtout l’abstention et ses effets, une abstention rétive à toute discipline.

Odoxa et Le Figaro ont relevé ce défi, ce 3 avril. Résultat : ils prévoient, pour dimanche, plus de 27 % d’abstention, on frôlerait le record pour des présidentielles, record battu en 2002 avec plus de 28 % d’abstention. Et puis, la météo s’y met : il fera très beau, ce dimanche, a priori, ce qui n’incitera pas à l’accomplissement du devoir civique. Surtout que, selon le même sondage, un Français sur dix ne sait pas que le premier tour a lieu ce week-end !

Or, l’abstention a déjà chamboulé des scrutins. Sans remonter très loin, lors des dernières régionales en juin dernier, les prévisions des sondeurs ont sombré. La région PACA, notamment, était promise au Rassemblement national ; ça n’a pas été le cas, et de loin. Pourquoi ? Parce que nos amis sondeurs avaient estimé la participation à l’échelle nationale à 40 %, dix points au-dessus de la réalité constatée au soir du scrutin.

Face à cette menace réelle, tous les partis ne sont pas égaux. Certains sont plus à l’abri que d’autres, et d’abord ceux qui ont des électeurs relativement âgés, des électeurs qui considèrent que voter représente un devoir civique. Les électorats d’Emmanuel ou de Valérie Pécresse, par exemple, comptent de nombreux retraités. Les plus de 65 ans sont ceux qui s’abstiennent le moins. « L’électorat de est assez structuré dans son rapport à la politique et plutôt senior, explique Arnaud Benedetti, professeur associé à l’université -Sorbonne et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, donc il ira voter. La question de la participation se pose moins à ces électeurs. » Même topo pour Valérie Pécresse : « Le militant LR vote, il est familier du rite électoral, il se déplace et ne s’abstient pas », poursuit Arnaud Benedetti.

Une autre catégorie de Français ne s’abstient pas, c’est celle des militants, ces Français qui ont des convictions politiques solides et structurées : on les trouve chez Macron, donc, chez Mélenchon, chez Éric Zemmour, bien sûr, ou chez les petits candidats Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud, Fabien Roussel. Ceux-là n’iront pas se dorer au soleil dimanche en oubliant le bureau de vote.

D’autres candidats risquent, au contraire, de pâtir de l’abstention, dimanche. D’abord ceux qui comptent, parmi leurs électeurs, beaucoup d’indécis : c’est le cas de ou d’Anne Hidalgo. Et puis, il y a le cas particulier de Marine Le Pen. « L’impact de la participation joue d’abord sur le vote Le Pen, reconnaît Arnaud Benedetti. C’est elle qui aurait le plus à souffrir d’un effondrement de la participation. » La candidate du dispose à la fois d’un électorat très sûr, très structuré et militant et, autour de ce noyau important, de catégories bien plus friables, très tentées par l’abstention, comme les ouvriers et les employés. C’est une vraie épée de Damoclès car 40 % de ces employés et ouvriers annoncent qu’ils vont voter Le Pen. Et puis, selon Le Figaro et Odoxa, l’abstention pourrait aussi toucher, dimanche, 40 % des 18-24 ans, près de la moitié. Et, là aussi, c’est une réserve stratégique pour Marine Le Pen. Hier soir, un proche conseiller de la candidate nous confiait qu’il était serein et même optimiste. Il espérait arriver devant Emmanuel Macron, dimanche soir, mais il ne cachait pas une inquiétude majeure : l’abstention.

8 avril 2022

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