Editoriaux - Politique - Réflexions - 23 mars 2019

Pourquoi l’union des droites gênera le retour de Marion Maréchal en politique

Selon la revue britannique The Economist, Marion Maréchal a déclaré souhaiter revenir en politique. Cependant, elle conçoit son retour non pas sur une union des populismes de gauche et de droite, comme en Italie, mais sur une union des droites alliant la bourgeoisie catholique conservatrice aux classes populaires sensibles aux problématiques sécuritaires.

Or, cette stratégie conçue en 2007 par Patrick Buisson est désormais inopérante. J’invite Marion Maréchal à lire le livre crucial du directeur du département opinion de l’IFOP, Jérôme Fourquet, intitulé L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, fondé principalement sur des statistiques de l’INSEE et du ministère de l’Intérieur et montrant un peuple éclaté sur lequel ne peut plus se faire une quelconque union des droites.

Selon Fourquet, les Français de souche sont actuellement divisés en trois blocs irréconciliables :
– la bourgeoisie mondialisée des grandes villes, individualiste (notamment dans sa pratique des prénoms rares), libérale économiquement et très à gauche sociétalement ;
– la bourgeoisie catholique : segment de la population encore relativement pratiquant, elle est davantage libérale économiquement et conservatrice. Cependant, malgré une bonne dynamique démographique des familles catholiques,les jeunes générations de pratiquants désormais minoritaires face à une jeunesse profondément déchristianisée ;
– les classes populaires, les plus nombreuses démographiquement, très à gauche économiquement mais aussi sociétalement (allant jusqu’à remettre en cause l’anthropocentrisme judéo-chrétien au profit de considérations écologiques et antispécistes), déchristianisées et américanisées (ce dont témoigne l’attribution de prénoms anglo-saxons et la pratique grandissante des tatouages).

À côté de ce peuple fragmenté s’est constitué, par l’immigration de peuplement, un archipel extra-européen, lui même scindé en trois groupes :
– les Asiatiques : les mieux insérés économiquement et culturellement ;
– les Subsahariens chrétiens, dont un grand nombre d’adepte d’un protestantisme prosélyte ;
– les musulmans : groupe le plus hermétique culturellement.

Les deux derniers groupes votent principalement France insoumise, mais leur alliance électorale n’est que circonstanciée, les flux migratoires subsahariens se déversant au Maghreb créant des tensions toujours plus fortes jusque dans nos banlieues.

Le ressentiment des classes populaires envers la bourgeoisie mondialisée est devenu tel qu’il peut mener à des alliances tacites inattendues. Jérôme Fourquet prend l’exemple glaçant des attentats de Charlie Hebdo : les grandes manifestations de soutien aux journalistes ont eu lieu dans les grandes villes mondialisées et non pas dans les zones du péri-urbain et du rural, qui se sont peu voire pas mobilisées, à l’instar des banlieues islamisées, la carte de la démobilisation des classes populaires recoupant exactement celle du non au référendum de 2005.

Fourquet déduit, sondages à l’appui, que la confrontation socio-économique dépasse désormais le défi migratoire, qui reste important mais ne peut constituer, désormais, une base électorale entre des catégories de Français de souche qui ne se comprennent plus.

Au-delà de l’identité, c’est le libéralisme qui est remis en cause par une part croissante de la population. Si Marion Maréchal ne prend pas en compte, à côté du défi migratoire, les aspirations écologistes et le désir montant d’une économie plus solidaire, elle manquera son rendez-vous avec les Français.

Le bréviaire des patriotes de demain ne se situe plus dans les écrits de Patrick Buisson ou de François-Xavier Bellamy mais dans la troisième voie solidariste de Georges Feltin-Tracol et l’écologie politique de Fabien Niezgoda… par-delà la droite et la gauche.

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