Il y a certes un malaise persistant au Rassemblement national, à la suite de l’échec aux dernières élections régionales. Pourtant, tel que rappelé jeudi en ces colonnes, Marine Le Pen continue de résister dans le second tour que les sondages lui promettent l’année prochaine, face à Emmanuel Macron.

Celui qui semble ne pas s’y tromper demeure Robert Ménard, maire de Béziers, qui vient de refuser son parrainage à Éric Zemmour, pourtant ami de longue date, tel que révélé par Le Point : « Un agitateur, ça ne fait pas un homme politique. »

Il est vrai que ce dernier est crédité d’à peine plus de 5 % dans les sondages, tandis que Xavier Bertrand et Valérie Pécresse plafonnent aux environs des 15 %. De nombreux analystes estiment que la France n’a jamais été aussi à droite. Certes, mais comment expliquer que cette même droite n’en profite pas ?

Tout simplement parce qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont depuis longtemps asséché le marais. Ce 27 août, citée par Le Figaro Magazine, la présidente du RN affirme ainsi : « J’ai théorisé la fin du clivage droite/gauche et impulsé un nouveau clivage mondialistes/nationaux. Emmanuel Macron, sentant ce changement avec un certain flair politique, est passé par la porte que nous avons ouverte. »

Auteurs d’un Macron-Le Pen, le tango des fossoyeurs, François-Xavier Bournaud et Charles Sapin, journalistes au Figaro, ajoutent : « En cassant la traditionnelle opposition entre droite et gauche, Emmanuel Macron a offert à Marine Le Pen d’incarner, face à lui, l’autre pôle central de la politique. »

S’il n’existe donc plus de troisième force entre LREM et RN, c’est donc parce que le premier a réalisé le rêve giscardo-rocardien consistant à fédérer les bourgeoisies de droite et de gauche, tandis que la seconde faisait de même de ceux qui vivent de plus en plus mal de l’actuel système. En ce sens, le revers de LREM et du RN aux dernières élections régionales signifie seulement que les anciens partis de gouvernement, PS et LR, souvent constitués de notables, ne survivent plus qu’à l’échelon local. D’où leur incapacité à présenter un champion à l’élection présidentielle.

Un autre fait à ne pas négliger demeure la relative estime réciproque que se portent ces deux bêtes politiques. Pour Marine Le Pen, citée par les auteurs de cet essai, « Emmanuel Macron a incontestablement du talent, il ne serait pas là où il en est si ce n’était pas le cas. Il a une plasticité, une incroyable confiance en lui qui est en même temps sa force et sa faiblesse. »

Par ailleurs, confirment les deux journalistes, « Emmanuel Macron porte sur Marine Le Pen un regard ambigu. D’abord parce qu’il respecte son parcours politique. Il en faut, de la force de caractère, pour naître fille de Jean-Marie Le Pen, avec tout ce que cela suppose de railleries, moqueries ou agressions à subir lorsqu’on est enfant et même adulte. Il en faut, aussi, pour décider de s’engager dans la même voie et de maintenir avec constance son engagement politique. La persévérance est une qualité que le chef de l’État apprécie. » Ce qui explique qu’il ne sous-estime pas l’adversaire.

Il y a quelques mois, un sondage de second tour accordait 52 % à Emmanuel Macron et 48 % à Marine Le Pen. Selon Le Figaro du 25 août, l’écart serait désormais moins serré, avec 55 % et 45 %, mais pas encore assez pour estimer que l’élection soit jouée d’avance, François-Xavier Bourmaud et Charles Sapin ajoutant : « Il y a les anciens électeurs de François Fillon. Un tiers d’entre eux se reporteraient sur Marine Le Pen. Mais surtout, il y a les électeurs de gauche. Un sur deux refuserait de trancher entre Macron et Le Pen, préférant l’abstention. Le problème est là. »

On dit que Marine Le Pen serait remontée à bloc, après une longue période de doute. On dit aussi qu’il s’agit d’une navigatrice bien meilleure dans la tempête que par temps plat. Mais cela, seul l’avenir le dira.

28 août 2021

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

5 4 votes
Votre avis ?
101 Commentaire(s)
le plus populaire
le plus récent le plus ancien
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires