Pourquoi le gouvernement n’est pas dénué de responsabilité dans l’attentat de Strasbourg

Voir dans l’attentat de Strasbourg un coup monté par le pouvoir est une ineptie, bien que l’Histoire ne soit pas dépourvue de crimes d’État. Quelle que soit la défiance que puisse inspirer un gouvernement trop imbu de lui-même, on ne saurait raisonnablement lui reprocher un tel degré de cynisme. Ce n’est pas faire preuve de complotisme, en revanche, que d’estimer qu’il pourrait profiter de cet événement tragique pour redorer son blason, bien terni ces derniers mois, discréditer les gilets jaunes et les dissuader de manifester à Paris, samedi prochain.

Pire, qui pourrait nier que ce gouvernement et les précédents auraient sans doute pu réduire le nombre d’attentats s’ils avaient pris des mesures plus efficaces contre les personnes susceptibles de les commettre ? Certes, la France est un Êtat de droit : elle doit en être fière et se garder d’y déroger. Mais quand un fiché S, également inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), au lourd passé judiciaire, qui s’est fait remarquer en prison pour son radicalisme et son prosélytisme religieux, arrive à perpétrer cette tuerie, on est en droit de s’interroger sur les responsabilités.

Il n’est pas réaliste de prétendre surveiller toutes les fréquentations, le moindre mouvement de plus de 20.000 personnes. Nul n’en disconvient. Mais si l’on ciblait les plus dangereux, ceux qui manifestent des tendances islamistes, fréquentent les mosquées salafistes, donnent des signes évidents de radicalisme, la tâche deviendrait déjà moins insurmontable.

Quand on apprend, à propos du tueur présumé, qu’il a un frère également fiché S, qu’il connaît Strasbourg comme sa poche, qu’il s’est échappé, quoique blessé, et n’a pas encore été retrouvé, on peut supposer qu’il dispose de nombreuses complicités dans cette ville. Chacun sait, à commencer par le ministre de l’Intérieur, que, dans certains quartiers, prospèrent des islamistes et, dans la communauté tchétchène, des individus qui n’ont pas la réputation d’être tendres. Le gouvernement est-il conscient des risques qu’il fait courir à l’ensemble de la population en considérant qu’on doit les traiter tous comme des citoyens ordinaires ?

Nos dirigeants rétorquent que le tueur présumé est français et qu’on ne pouvait l’expulser préventivement puisqu’il n’est pas étranger – fût-ce le cas, la Convention européenne des droits de l’homme est très restrictive en la matière. C’est oublier qu’on peut avoir des papiers français sans aimer la France : c’est malheureux de le constater, mais d’être né sur le sol français ne donne pas un brevet de patriotisme. Quant aux règles européennes, faut-il les appliquer aveuglément si elles réduisent la souveraineté et nuisent à la sûreté de notre pays ?

Si le cadre juridique ne permet pas de lutter efficacement contre les djihadistes ou les apprentis djihadistes dans le respect du droit, il faut s’interroger sur la possibilité de le modifier. Il ne s’agit pas de mettre en place un régime d’exception, ni un état de siège, mais au moins pourrait-on chercher à adapter la loi. Le Figaro de jeudi pose la question : « Faut-il juger les fichés S pour intelligence avec l’ennemi ? ». À 13 heures, sur plus de 71.000 votants, 91 % ont répondu positivement. Il ne suffit pas, pour s’y opposer, d’expliquer que l’article 411-4 a été pensé pour les questions de trahison de l’État ou d’espionnage et ne concerne pas le terrorisme. Rien n’empêche de modifier la loi. À condition de le vouloir.

Si le gouvernement n’est pas directement responsable de l’attentat de Strasbourg, il n’en est pas entièrement innocent, par son incapacité ou sa réticence à étudier toutes les solutions pour éviter ces actes barbares. Les Français innocents méritent au moins autant d’attention que des fichés S, suspectés d’islamisme.

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