À l’heure où, pour les raisons aberrantes que l’on sait, nos petits commerces agonisent lentement, les Don Quichotte de la pétition ont trouvé en un nouveau moulin à vent. En tête de cette action – qui n’aura sans doute, sur Jeff Bezos, d’autre effet que celui cher à feu Chirac (« Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre »), on trouve la fine fleur de l’écolo-socialo-boboïsme médiatique tels qu’Anne Hidalgo, Éric Piolle, Delphine Batho, François Ruffin, etc., qu’on avait rarement vus en première ligne dans la défense des professions indépendantes ou libérales.

« Cher père , cette année, nous prenons l’engagement d’un #NoëlSansAmazon » : on pourrait comprendre que cette pétition soit un nouvel avatar de l’éternelle résistance face aux conséquences sociales d’un progrès technique : l’invention de la roue a commencé par nuire aux portefaix, comme celle de la tronçonneuse aux bûcherons ou celle de l’ampoule électrique aux fabricants de lampes à pétrole.

Mais pour cette gauche tendance Beluga, elle constitue surtout ses deux minutes quotidiennes et orwelliennes de la haine contre le grand capital, d’autant plus convenues qu’en l’occurrence, celui-ci est américain. Il faudrait donc lui tailler des lois sur mesure, lui interdire d’ouvrir des entrepôts et… les emplois qui vont avec !

De fait, la seule « déloyauté » du géant des GAFA n’est due qu’à l’impéritie des responsables de l’ qui, depuis l’accueil de l’Irlande en 1973, n’ont pas trouvé une minute pour esquisser un semblant d’harmonisation fiscale en son sein.

Agnès Pannier-Runacher, ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et d’autres choses, a d’ailleurs rappelé qu’Amazon représentait moins de 5 % du commerce français (soit probablement moins que ce que les mesures gouvernementales anti-Covid annihileront). Ajoutons qu’en proposant à tous sa « market place » (certes non sans sa petite commission), il ouvre aux plus modestes vendeurs l’accès au monde entier. Adapté aux moyens de l’époque, Amazon eut un célèbre prédécesseur français, que je feuilletais avec gourmandise et rêveries dans mon enfance : le catalogue de Manufrance ! Grâce à lui, on pouvait déjà se faire livrer à domicile, dans le village le plus reculé, les objets les plus courants ; mais aussi un casque colonial… une canne-épée… une malle-paquebot… mille pages d’évasion…

On n’a pas le souvenir que les petits commerçants, et moins encore la gauche de l’époque, aient crié à la concurrence déloyale. Il est vrai que Manufrance était « bien de chez nous »…

17 novembre 2020

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