Pour Mathieu Kassovitz, il y a les bons nationalistes… et les mauvais nationalistes

kassowitz

Pour inaugurer une fresque géante réalisée « en soutien au peuple ukrainien » par son ami le photographe JR, Mathieu Kassovitz est parti pour Lviv, à 70 km de la frontière polonaise.

Car c’est un artiste engagé, Mathieu. Il a une conscience, figurez-vous, et s’est même élevé plus souvent qu’à son tour contre les « violences policières ». Il faut avouer que, chez le talentueux acteur du célébrissime Bureau des légendes, la clairvoyance, la lucidité et la capacité d’analyse politique sont au moins inversement proportionnelles à l’excellence de son jeu.

Tenez, lors de l’émission « Face à Baba », il devait affronter Éric Zemmour. Manque de chance, il avait le Covid, la joute s’était donc déroulée par écrans interposés. Bille en tête, il attaqua Éric Zemmour sur le thème du Grand Remplacement, du métissage, du conflit de civilisation qui couve sur le sol français, cela même qui a déclenché la candidature de l’ancien journaliste du Figaro : « Nous sommes métissés de souche, lui dit-il. Ce fantasme de la France aux Blancs, la France catholique, n’existe plus depuis longtemps, c’est une notion obsolète dont vous vous servez pour faire peur aux gens en parlant de Grand Remplacement, mais ce remplacement n’existe pas, il n’y a qu’une évolution du monde. Le monde évolue, les gens voyagent, le métissage est inévitable. […] Nous avons toujours été l’étendard de cette ouverture, cette ouverture républicaine et démocratique dont vous êtes aujourd’hui un des meilleurs exemples […]. Je trouve beaucoup de cynisme dans cette situation. »

C’était il y a deux mois.

Lundi, interviewé par LCI lors de son bref passage en Ukraine, Malotru s’est découvert une forte admiration pour le nationalisme. Mais l’ukrainien, celui qui se pare de bleu et de jaune, pas celui qui a les pieds malodorants, les idées rances et l’esprit obtus, c’est-à-dire le nôtre. Sans mollir, il a alors affirmé à la journaliste que l’on sent un peu décontenancée : « Au-delà de la guerre, il y a un pays qui se révolte et qui ne tombera pas, cette force-là, cette énergie, cet espoir, on en a tous besoin aujourd’hui. » Racontant avoir tourné une saison du Bureau des légendes en Ukraine lors de la guerre du Donbass, il explique avoir beaucoup discuté avec des Ukrainiens à l’époque, « et on a très vite compris qu’on avait affaire à des gens ultra-nationalistes, mais dans le bon sens, c’est-à-dire qu’ils sont fiers de leur pays et ils veulent le protéger absolument. Et les Russes n’arriveront pas au bout parce qu’il y a un vrai pays uni, plus aucune divergence politique, tout le monde est uni autour de Zelinsky, autour du pays, du cœur ukrainien, c’est absolument magnifique. »

Ce qui est fantasmatique et obsolète chez nous, chez lui, donc, devient, à 3.000 km de la France, par la magie d’une « boboïtude » débridée, tout simplement magnifique.

Il poursuit : « La présence française est importante partout dans le monde parce qu’on a une image humaniste à tenir […] on est là pour les bonnes raisons et c’est admirable. Pour le reste, on aimerait pouvoir être plus actif et participer d’une manière plus agressive, mais là, on rentre dans un domaine pour lequel je n’ai aucune compétence. » On ne saurait trop le remercier de cet éclair foudroyant de lucidité.

Enfin, à la question de savoir s’il aurait voulu s’engager dans les combats aux côtés des Ukrainiens, il conclut : « Honnêtement, si je n’avais pas eu d’enfant, je serais venu pour être à leurs côtés, parce que dans le monde dans lequel on vit, ce qui est en train de se passer là est une limite absolue et si on ne se bat pas pour empêcher ce qui se passe, on va tous en être victime. »

Certes, on pourrait gloser à l’infini sur cet esprit de rébellion, on pourrait presque parler de « rébellitude », qui a tout du système qu’il prétend dénoncer et qui s’intègre « magnifiquement » dans un politiquement correct planétaire. On pourrait s’agacer de voir un artiste, talentueux mais vraie tête de pioche, rejoindre la cohorte des va-t-en-guerre de plateaux.

On pourrait.

Pour ma part, je lui dirai seulement que « je trouve qu’il y a beaucoup de cynisme dans cette situation ».

Marie d'Armagnac
Marie d'Armagnac
Journaliste à BV, spécialiste de l'international, écrivain

Vos commentaires

68 commentaires

  1. J’aime beaucoup, les Ukrainiens ont le nationalisme dans le bon sens, les français qui sont nationalistes sont des gens qui puent un peu des pieds.
    Ben voyons.

  2. Sa pensée est typique d’un libéral qui dit tout et son contraire. Bon/mauvais nationalisme. Il dérape sur le nationalisme de Zemour mais encence selui de Zélinski. Oui, la France est une société multiculturelle FRANÇAISE et judéo chrétienne et devra le rester si elle veut assimiler les nouveaux arrivants. C’est la crainte que nous soyons débordés par l’immigration que la théorie de grand remplacement prend tout son sens.

  3. Je me répète, comme à chaque intervention d’une célébrité dévoilant ses convictions sur un thème politique: son propos n’a qu’une seule valeur, celle de l’individu, sa voix ne compte que pour une seule, et reste à l’écart de toute compétence, en dehors de celle – intrinsèque – de l’artiste: sur scène, à l’écran, sur un stade, sur le papier ou la toile peinte, etc…
    Passé ce domaine de compétence, tout le reste risque que de ne relever que de l’ultracrépidarianisme (chouette terme, non?)!

  4. Ce monsieur, comme Cluzet, perpétue la tradition gauchiste du monde artistique français. Que voulez-vous, la soupe est bonne! La vocation de ces gens est de nous distraire, pas de penser…

  5. Matthieu Kassovitz, comédien qui fait oublier son talent par ses opinions hautement controversées. Un jour oui un jour non, parfaitement actuelle ou beaucoup ne savent plus où ils « habitent ».

  6. Mais bien sûr, il est admirable d’être identitaire et nationaliste quand on est Ukrainien, ou Algérien ou autre, mais surtout pas quand on est Français. Ben voyons…

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