Editoriaux - 26 septembre 2018

Policiers, gendarmes : les suicides se poursuivent, et c’est toujours l’omerta

Alors que de nombreux médias restaient focalisés sur les déclarations intolérables de Yann Moix lors de l’émission “Les Terriens du samedi”, bien peu se sont intéressés à la manifestation publique organisée à l’initiative d’un syndicat de police, dénonçant le “mal-être” et la “détresse sociale” à l’origine de nombreux suicides dans les rangs des forces de l’ordre. C’est donc sur la place du Palais-Royal, au cœur de la capitale, qu’une dizaine de policiers, en civil, se sont livrés, ce mardi, à une chorégraphie choc de quelques minutes, dans l’esprit des “flashmobs”, afin d’attirer l’attention de l’opinion sur cette dramatique réalité. Rappelons qu’en 2017, pas moins de 51 policiers se sont donné la mort, et que plus de 40 gendarmes ont fait de même. L’année 2018, avec 24 suicides déjà constatés, ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices. Le jour même de cette initiative, on apprenait un nouveau suicide: celui d’un gendarme, le major José Tesan, de la direction générale de la gendarmerie à Issy-les-Moulineaux.

Ces chiffres dramatiques, au-delà du fait qu’ils répondent de manière éloquente aux propos pitoyables de Moix sur la soi-disant “victimisation des policiers”, ne peuvent laisser les Français indifférents. Tout d’abord, parce qu’ils sont révélateurs, non seulement du mal-être qui touche une institution tout entière, mais aussi parce qu’ils sont le reflet de la déliquescence que connaît notre société aujourd’hui. Ensuite, parce qu’ils sont le signal fort envoyé par les forces de l’ordre sur l’état lamentable dans lequel se trouve notre système sécuritaire. Enfin, parce qu’ils sont le signe incontestable du peu de considération que portent nos dirigeants à celles et ceux qui ont en charge notre sécurité.

Faut-il le rappeler, ces faits ne sont pas nouveaux. Un excellent rapport sur l’état des forces de sécurité, rédigé par le sénateur François Grosdidier, a d’ailleurs été rendu public en juillet dernier. Malheureusement, ses conclusions, peu reprises par la presse, sont restées assez confidentielles et aucune suite, ou presque, n’a été donnée par les politiques en place. Pourtant, ce document revenait de manière pertinente sur l’état du moral des policiers et des gendarmes, et les taux de suicide anormalement élevés au sein de ces institutions (de 36 % supérieurs à ceux de la population générale). Il notait, aussi, ce malaise du quotidien rencontré par les policiers sur le terrain du fait d’horaires de travail souvent décalés, qui les privent de toute vie familiale et sociale. Il dénonçait le manque de logements et les conditions matérielles de vie des gardiens de la paix, en particulier en région parisienne et, bien entendu, les effets désastreux d’une pression sécuritaire inédite.

Toutes ces difficultés, indéniablement à l’origine du nombre important de suicides parmi les forces de l’ordre, n’ont toujours pas été prises en considération. Et ce ne sont pas les quelques psychologues supplémentaires recrutés par le ministère de l’Intérieur qui pourront résoudre ces graves problèmes de fond.

La solution passe par des réformes profondes, aujourd’hui devenues indispensables. Modernisation de l’organisation de la police nationale et de ses modes de management. Recrutement de policiers, afin de réduire la pression organisationnelle qui règne actuellement sur les services. Vote d’une loi de programmation d’équipements, afin de procéder au renouvellement des matériels et bâtiments vétustes ou obsolètes. Nouvelle répartition des missions de sécurité entre les différentes forces de sécurité pour améliorer leur potentiel opérationnel. Malheureusement, ce n’est pas la coûteuse et inutile police de sécurité du quotidien mise en place par Macron et Collomb qui répondra à ces attentes. Faudra-t-il donc attendre d’autres suicides pour que le bon sens l’emporte enfin ?

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