[Point de vue] Une police citoyenne pour cacher la misère ?

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En déplacement à Nice, en janvier dernier, Emmanuel Macron annonçait vouloir doubler le nombre de policiers sur le terrain d’ici 2030. Il annonçait également que pour y parvenir, cette mesure serait facilitée par la « suppression de tâches annexes » (vieux serpent de mer) et des réorganisations internes à la police nationale.

En réalité, malgré les annonces tonitruantes du gouvernement, le nombre de policiers et de gendarmes supplémentaires en ETPT (équivalent temps plein travaillé) depuis 2017 est de 5.500. Loin des 10.000 claironnés par Darmanin sur tout ce que la France compte de médias ! Force est également de constater que les recrutements opérés ces dernières années ont à peine compensé le nombre des départs à la retraite. Bilan de tout ceci, selon la Cour des comptes qui s’est emparée du sujet il y a quelques mois : « Les résultats que la police affiche en termes de présence sur le terrain et d’élucidation des faits de délinquance ne connaissent pas d’amélioration significative, voire se détériorent. »

Par ailleurs, toujours selon les sages de la rue Cambon, dans les services de sécurité et de paix publique (la police du quotidien), on comptait également 10 % d’agents en moins, comparé à 2010. C’est donc bien, depuis dix ans, à une baisse continue de la présence policière sur le terrain que l'on assiste (39 % en 2011, pour moins de 37 % en 2020). Et cette tendance ne s’améliore pas.

Sans doute Emmanuel Macron et Gérald Darmanin comptent-ils sur la « nouvelle réserve opérationnelle » de la police nationale pour boucher les trous. En application de la loi n° 2022-52 du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure, une série de dispositions a été prise concernant cette innovation.

Cette réserve, composée de citoyens volontaires, d’anciens adjoints de sécurité (ADS) et de policiers retraités, dont l’âge sera compris entre 18 et 67 ans, aura pour mission, à l’instar des réserves de la gendarmerie nationale et de l’armée, de renforcer dans différents domaines opérationnels et techniques les effectifs titulaires de la police nationale. Les missions d’appui et de soutien s’effectueront sur une période maximale de 90 jours par an, pouvant aller jusqu’à 150 jours pour les anciens policiers. Ces périodes de service donneront lieu à indemnisation.

En ce qui concerne la formation de ces volontaires, celle-ci s’effectuera sur quinze jours dans le service d’affectation. Enfin, le nombre de ces volontaires devrait atteindre 30.000 d’ici 2030/2032.

Derrière l’intention louable mais certainement pas innocente d’impliquer davantage les Français dans la gestion de leur propre sécurité se cache évidemment la nécessité, pour le président de la République, de tenir son engagement visant à augmenter la présence policière dans nos villes et nos quartiers. Pourtant, une telle initiative n’est pas sans faire peser de graves menaces sur l’avenir de nos forces de police ainsi que sur la façon dont la sécurité des populations sera effectivement assurée.

Tout d’abord, parce qu’une telle initiative risque de faire émerger, à terme, une police sous-qualifiée et sous-formée. La loi du nombre remplacera inexorablement celle de la qualité. Ensuite parce que, loin de répondre aux exigences de professionnalisme qu’exige aujourd’hui la loi de nos policiers et de nos gendarmes, c’est vers de nombreuses déconvenues procédurales que nous nous dirigerons. Gageons que les avocats et leurs clients délinquants se réjouiront d’une telle aubaine. Enfin, ce dispositif ne manquera pas de reléguer au second plan les véritables réformes dont la police nationale a absolument besoin et qu’il s’ensuivra une paupérisation de l’institution dont les premières victimes seront, une nouvelle fois, les Français.

À l’instar de ce qui se passe dans les domaines de la santé, de l’Éducation, de la Justice et partout ailleurs, Macron et Darmanin font le choix de la facilité et sont sur le point de brader un des piliers fondamentaux de la République.

Olivier Damien
Olivier Damien
Conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté, Commissaire divisionnaire honoraire

Vos commentaires

32 commentaires

  1. Une police citoyenne ! encore une solution de facilité prouvant l ‘ incompétence de nos gouvernants ;
    A un tel niveau de violence , c ‘est plutôt l ‘ armée qui devrait intervenir ….

  2. Notre NATION ou notre CIVILISATION se délite dangereusement et c’est tout naturellement la conséquence de l’INCOMPETENCE de nos Gouvernements successifs qui ont TOUT TOLERE de ces envahisseurs accueillis sans limite et sans contrôle depuis des décennies. Aucune solution ne parviendra à résoudre l’INSECURITE à moins de les REFOULER IMMEDIATEMENT MANU-MILITARI sans oublier tout ce qui peuple les prisons. Ce n’est pas en faisant appel à des réservistes que l’INSECURITE sera résolue si en même temps nos frontières ne sont pas fermées à double tour à toute cette migration. Notre GOUVERNEMENT ne pourrait-il pas faire preuve de bon sens pour une fois pour protéger son peuple ?

  3. Mr Damien, vous connaissez mieux le sujet que moi , alors je dis simplement : que voulez vous que Macron et Darmanin fassent ? pas d’argent , pas de recrues ! et ne croyez pas que je suis Lrem .

  4. Mesures disproportionnées avec les uns , après un feu d artifice ,ouverture d un bal sur la plage , une trentaine de gendarmes pour protéger tout ça des mitraillettes en bandoulière, l index sur la gâchette, à côté de ça ils courent comme des lapins sous les mortiers des racailles sans jamais en attraper aucun cherchez l’erreur, c est la ca la France et sa police

    • Non, c’est ça la France et sa Justice: comment voulez-vous que la Police accepte d’interpeler un délinquant, qui sera libéré le lendemain? et ce n’est pas nouveau, dans les années 70 on le disait déjà!

    • Qu’on me comprenne bien, je n’attaque pas ici les juges, qui font aussi ce qu’ils peuvent avec les libertés juridiques qu’on leur laisse, mais le Ministère qui leur lie les mains!

    • Donc, vous m’aurez suivi, et compris: une Justice, gouvernée par un Garde des Sceaux, ne peut être que politique, quoiqu’elle s’en défende. Je rêve d’un secrétariat permanent pour: la Justice, l’Instruction publique (vous aurez noté l’abstraction du terme « Éducation » qui revient aux parents (1 ou 2, ou père & mère, le problème est ailleurs), les Sports, la Santé. ces secrétaires permanents n’auraient à rendre de compte qu’à la Nation, et je ne vous dis pas le(s) critères de sélection qui les éliraient!

  5. Quand Pinocchio mentait son nez s’allongeait …
    On aimerait qu’il en soit de même quand ceux qui nous gouvernent nous affirment haut et fort de telles balivernes

  6. On m’accusera de complotisme,mais je suis convaincu que cette situation est souhaitée depuis plusieurs décennies,Chirac et son ministre de l’intérieur Sarkosy n’ont pas réellement réagit à l’embrasement des cités en 2005,depuis on condamne,(avec la plus grande fermeté),mais seulement en paroles,la réelle fermeté c’est bon pour les gilets jaunes!
    Imaginons un refus général d’intervention de la part des policiers et des gendarmes,ce serait un chaos incroyable qui toucherait aussi les politiques et les nantis,le seul moyen de faire réellement changer les choses!

  7. Ces dispositions relèvent de l’amateurisme.
    Pas très valorisant pour les policiers de métier.
    Et puis, si l’on veut une police efficace face aux voyous qui n’ont peur de rien, il faudrait peut-être cesser de « taper » sur le policier quand la situation se dégrade. Les voyous prennent des risques, qu’on les leur fasse assumer.

  8. Nous allons vers une suppression des diplômes, dans le cadre d’une adaptation immédiatement utilitaire de tous les services essentiels. Concernant des chirurgiens étrangers, j’ai entendu dire « On ne leur demande pas de savoir le français, on leur demande de savoir opérer ». Avec des raisonnements comme ça, on risque d’aller très loin, mais pas dans le bonsens…

  9. L’armée de conscription a été une tradition de la République. Restons dans cette tradition avec une police de conscription et une …magistrature de conscription. Il est plus que temps de voir la majorité : les « abstentionistes », s’impliquer. Il y aura des erreurs, des bavures, mais ces deux institutions ne remplissent pas leur mission pour des raisons différentes. Le peuple ne le supporte plus.

  10. Comme pour le manque de personnel dans la restauration, pourquoi ne pas faire venir des dizaines de milliers d’immigrés d’Afrique du nord pour combler le sous-effectif de la police. On les affecterait prioritairement dans les quartiers « sensibles » pour y rétablir l’ordre…

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