[POINT DE VUE] Guerre contre l’Iran : ne nous y trompons pas, la stratégie de Trump est claire
Alors que le président américain estime que les « hostilités avec l’Iran sont terminées », beaucoup se demandent à quoi la stratégie américaine peut aujourd’hui ressembler.
Une stratégie américaine qui ne change pas
Contrairement à ce que peuvent laisser entendre les multiples revirements du langage diplomatique de Donald Trump, les buts des Américains restent les mêmes depuis le début du conflit, et même depuis les premières négociations avec les Iraniens en Oman. Il s’agit d’être sûr que les Iraniens ne poursuivent pas leurs recherches dans le nucléaire militaire, de faire en sorte que l’Iran ne construise pas de missiles balistiques et, enfin, que le gouvernement iranien ne soutienne plus les organisations terroristes chiites au Liban, en Irak et au Yémen. Quatre semaines de bombardements et deux semaines de cessez-le-feu après, ces objectifs restent les mêmes. Mais les négociateurs iraniens tergiversent et l’enjeu du déblocage du détroit d’Ormuz est, entre-temps, apparu. Le dernier aspect de cette nouvelle crise du Golfe n’est dans les buts de négociations américains que dans la mesure où ils y participent en vue de faire plier financièrement et économiquement le gouvernement iranien.
En effet, malgré le passage de quelques navires de commerce de part et d’autre de ce blocus, les gains en milliards de dollars que retiraient les mollahs de l’exportation du pétrole, notamment vers la Chine, ont, semble-t-il, considérablement baissé. Ces derniers perdraient 400 millions de dollars américains par jour. En outre, compte tenu de l’usure actuelle de leur chaîne de commandement politico-militaire, il semble également que la zizanie se soit répandue parmi leurs négociateurs quant aux objets des négociations en cours, et ce, par l’intermédiaire des Pakistanais. Il y a une semaine, Mohamad Ghalibaf a quitté en effet la tête de l’équipe des négociateurs iraniens et, depuis, aucune équipe n’a rejoint Islamabad. Les objectifs semblent d'ailleurs évoluer d’un négociateur à l’autre. Le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghtchi reste actuellement « aux abonnés absents » depuis son entrevue avec Vladimir Poutine qui « met en garde le président américain sur une possible reprise des bombardements ».
Dégâts collatéraux
Les Américains sont tout à fait conscients de l’impact de cette guerre du Golfe sur l’économie mondiale et sur la cohésion du camp occidental. Les Européens, qui ont bien affirmé haut et fort que cette guerre n’était pas la leur, pourraient ainsi se retrouver « abandonnés » par leurs alliés américains dans la guerre de l’Ukraine contre la Russie. En outre, après les déclarations du chancelier Merz sur « l’humiliation des Américains dans leur guerre contre l’Iran », le président Trump a menacé de réduire ses troupes en Allemagne, dont finalement seulement cinq ou six mille hommes partiront réellement (soit quinze pourcents des effectifs présents dans ce pays). En dehors de ces confrontations verbales entre les États-Unis et plusieurs de leurs alliés de l’OTAN, dont aussi l’Espagne et l’Italie, les Américains cherchent également à rassurer leurs partenaires arabes du Golfe, notamment en approuvant la vente de missiles Patriot supplémentaires au Qatar, pour quatre milliards de dollars. Contrairement à l’administration Biden, les Américains ne donnent rien mais vendent à leurs alliés du matériel militaire, y compris à ceux qui se retrouvent sous le feu des missiles et des drones iraniens.
La crise économique mondiale liée à la fois à l’augmentation du prix du pétrole et à sa raréfaction provoque, certes, aussi des remous aux États-Unis, notamment dans l’électorat MAGA, mais ces effets sont aussi compensés par un développement, dans ces États, de l’industrie de l’armement qui est source de nouveaux emplois. Mais les vrais victimes collatérales de la guerre en Iran, outre les pays arabes du Golfe qui ont plus de mal à exporter leurs hydrocarbures qu’auparavant, sont surtout les Européens et les Asiatiques, dont les coûts des produits d’importation du Moyen-Orient ont considérablement augmenté. Beaucoup de compagnies aériennes ont commencé à revoir à la baisse le nombre de leurs vols pour la période estivale, ce qui aura un impact certain sur le tourisme. Toutefois, tous ces impacts de la crise du Golfe sur l’économie mondiale ne donnent pas, pour l’instant, de raisons particulières au président américain pour résoudre au plus vite cette crise à n’importe quel prix. Ses exigences restent les mêmes qu’avant la guerre.
Une action d'éclat ?
Alors, même si le vice-ministre des Affaires étrangères iranien dit que « la balle est dans le camp des Américains », « faire la paix ou faire la guerre », il est aujourd’hui peu probable que le président américain accepte que ses troupes ne quittent le théâtre des opérations sans une victoire matérialisée sur le terrain. Ses objectifs stratégiques initiaux n’ont pas été encore agréés par la partie adverse et, sur le terrain, aucun territoire iranien n’a été pris, y compris dans le cadre d’une prise de gage, et le gouvernement iranien est toujours en place. Alors, qu’attendre des troupes américaines et des forces israéliennes, sinon, peut-être, une action d’éclat engagée suite à un renseignement obtenu sur le terrain et qui contraindra les Gardiens de la révolution à se plier aux trois demandes américaines concernant, respectivement, l’arrêt des recherches nucléaires militaires, la cessation de la fabrication des missiles balistiques et, enfin, l’abandon du soutien aux milices terroristes chiites au Liban, en Irak et au Yémen. Hors de la réalisation de ces objectifs, point de salut… Il n’y aura alors plus de raison, de part et d’autre, de bloquer le détroit d’Ormuz.
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52 commentaires
Autre point que vous évoquez sans l’énoncer clairement: les dissensions au sein de la diplomatie iranienne qui peut amener à s’interroger sur la capacité de décision et l’influence du guide suprême! D’ailleurs vit-il? il semble que personne ne l’ait vu depuis quelques temps!
Là, nous en sommes donc au blocage d’Ormuz…
Or les Américains sont pratiquement les seuls à ne pas avoir besoin de ce détroit pour leurs besoins énergétiques.
D’autant plus étrange qu’ils s’apprêteraient dès ce jour-même à en libérer le passage à grands frais en escortant militairement les navires.
Bizarre non ?
Il me semble qu’on pourrait pour le moins se poser la question du prix à payer, financier, stratégique, pour le reste du monde.
Vont-ils en quelque sorte se substituer aux Iraniens pour ce qui concerne les droits de passage ?
Je ne crois absolument pas à cette théorie stratégique. A mon avis, les américains se fichent comme de leur première chemise du potentiel nucléaire iranien. Ce prétexte n’est là que pour faire passer la soupe auprès des occidentaux. La véritable menace pour les US, ce n’est pas l’Iran, mais la Chine. En fait la Chine n’est pas une victime collatérale, mais la véritable cible. L’Europe, elle véritable victime collatérale, ne compte pour personne étant donné qu’elle n’existe pas aux yeux des dirigeants Chinois et Américains. Un des points faibles de la Chine, bien qu’elle soit elle même un gros producteur (4 millions de bbls par jour), ses besoins sont énormes et Trump l’a bien compris. Dans un premier temps, il a pris le contrôle du pétrole vénézuelien en coupé les exportations vers la Chine, il s’en prends àl’Iran et coupe ses exportations de pétrole vers la Chine. Pourquoi Trump veut affaiblir la Chine: juste pour garder le leadership économique mondial que la Chine est en train de lui ravir, si ce n’est déjà fait. La Chine s’arme massivement, la Chine assiste les iraniens dans le guidage des drones pour bombarder des sites américains au moyen orient (16 bases touchées). Cette guerre n’est pas terminée, elle commence seulement et nous, bien évidemment, seons les dindons de la farce
N’empêche que grace à Trump, je sais maintenent où se trouve le Détroit d’Ormuz dont je n’avais
jamais entendu parler ! Merci Trump !