[Point de vue] Auteurs libres : nous sommes tous des Adélaïde discriminées

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La discrimination à l’embauche, qui n’en est plus une dès lors que la personne concernée n’est pas de gauche, vient de connaître, à travers celle d’Adélaïde, un rebondissement médiatique inattendu et salutaire. Et Gabrielle Cluzel décrit parfaitement, dans un récent article, l’insigne tartufferie qui règne dans ce monde de la culture et des donneurs de leçons.

Tant mieux si cela commence à être dit publiquement. Mais le phénomène n’est pas nouveau, encore plus chez les artistes eux-mêmes, qu’ils soient auteurs, chefs d’orchestre, musiciens, comédiens ou autres… Et il ne s’agit même pas d’être de droite, d’extrême droite ou autre, il s’agit d’écrire librement : tout ce qui ne baigne pas dans une gauchitude de bon aloi se voit exclu d’un secteur public qui se veut pourtant inclusif ! Inclusif oui, pour la "diversité" ou les orientations sexuelles, et jusqu’à plus soif, mais pas pour la diversité des expressions et de la création. La création doit être invariablement marquée du sceau de l’engagement à gauche, elle doit toujours refléter ses poncifs politiquement corrects.

Les musiciens, les compositeurs, les peintres, peuvent encore se faufiler discrètement : difficile de voir de l’idéologie dans leurs arts. Pour les comédiens, c’est un peu plus difficile, il faut faire attention à ce qu’on va dire en public. Pour les auteurs, c’est mission impossible. Car, même avec sa carte de la NUPES, qu’on prendrait pour avoir son brevet de bonne conduite, si vos ouvrages développent la moitié d’un commencement de satire du discours bien-pensant, il n’est même pas besoin d’un entretien d’embauche, c’est la voie de garage immédiate et l’étiquette de facho ou de populiste ! Et cela fait tache d’huile, car les frileux sont légion.

Certes, on ne vous le dira peut-être pas en face, on trouvera - même si pouvez arguer de succès publics et d’une exigence indéniable - des raisons artistiques ou budgétaires, c’est très facile, mais le résultat est le même. Il s’appelle censure.

Auteurs libres, présentez-vous, avec votre dernière pièce sous le bras, à la porte d’un centre dramatique national, si déjà vous êtes parvenus à avoir un rendez-vous ! Vous verrez… Mais vous l’avez déjà vu. La dernière fois que cela m’est arrivé, on ne m’a quasiment pas parlé de théâtre, uniquement de Robert Ménard, alors suppôt d’extrême droite, forcément, je venais de la ville dont il est le maire. Plus de nouvelles depuis.

La pression qui s’exerce sur les auteurs mais aussi sur les comédiens ou les metteurs en scène est telle que, récemment encore, une comédienne qui avait participé à la lecture d’une de mes pièces* sur TV Libertés, apprenant deux jours après, je ne sais comment, que cette télévision était considérée comme un antre de droite ou d’extrême droite et paniquée à l’idée des conséquences que cela pourrait avoir sur sa carrière, a téléphoné à la responsable de l’émission pour exiger, sous la menace d’un dépôt de plainte, que son nom n’apparaisse pas et que son visage soit flouté !

Comment s’en étonner dans un milieu où le moindre écart de langage, a fortiori ce que l’on écrit, vous vaut d’être blacklisté comme le pire des racisés ? Et combien de fois, à l’occasion d’un échange contradictoire, ne m’a-t-il pas été servi en conclusion « Oh ! ce monsieur écrit sur Boulevard Voltaire ! » Imparable.

Hors d’une écriture pleine de gauchitude, point de salut ! Alors, ne serait-il pas urgent que la parole des auteurs, comme celle des femmes harcelées, se libère ? Auteurs libres, nous sommes tous des Adélaïde.

* Trilogie Molière 1/Les Singes savants, satire du monde de la culture.

Jean-Pierre Pélaez
Jean-Pierre Pélaez
Auteur dramatique

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Toute époque pré-révolutionnaire voit la censure grandir. La censure ne faisant que développer la colère contre ceux qui l’exercent… avant l’explosion finale. On peut donc se dire que tout n’est pas perdu et être raisonnablement optimiste.

  2. Le plus triste est que « ces gens là » parlent à longueur de journée, de liberté, d’égalité et de fraternité. Leurs valeurs, comme ils disent… Mais il est bien connu, depuis la nuit des temps, qu’au plus l’homme parle moins il fait ce qu’il dit. Qu’ils se taisent…

  3. Cette censure spontanée et implicite est une régression sans précédent dans les arts et la pensée français. Même les gros éditeurs fuient les sujets ou les auteurs, notamment les intellectuels, qui parlent de France, de nation. Seuls les gauchos ou les journalistes connus par leur métier sont de  »bons placements éditoriaux  ». Ce serait le devoir patriote des médias alternatifs (BV, Causeur, Front populaire etc..) de créer une maison d’édition libre avec pour cible 42% de lectorat potentiel !

  4. « Tout le monde a le droit de penser comme moi, et uniquement comme moi » pourrait être le maître mot de ce nouveau monde macronien que l’on nous impose .

  5. C’est surtout tout ce qui tourne autour des gens du spectacle qu’il faut redouter. Syndicats, notamment

  6. C’est bien pour cela que je suis un intense utilisateur d’un site russe qui propose des epubs gratuits (et récents!). Toute cette faune de gauche engagée ne devrait pas voir d’inconvénient à ce que le peuple, qui souffre dans son pouvoir d’achat, puisse profiter au maximum et sans aucun frais, des profondes pensées résultant de leur engagement sans faille. Edification des masses, camarades !

  7. Excellente analyse de la situation !
    Pour compléter, cette discrimination politique s’exprime aussi sur les commandes publiques d’œuvres d’art, seule marché possible pour les sculpteurs et plasticiens de vivre de leurs arts.

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