Il y a des journées pour tout et pour n’importe quoi. La liste ne cesse de s’allonger. Pour notre bien, cela s’entend. J’ai compté : 19 en janvier, 29 en février (on cumule, le 2, la « Journée mondiale de la marmotte » et celles des « zones humides »), 55 en mars, 35 en avril, etc.

Je note, ainsi, que le 2 avril est, entre « la sensibilisation à l’autisme » et la « journée mondiale de la bataille d’oreillers » (sic), la « Journée internationale du livre pour enfants ». Un sujet qui nous rapproche de celui du jour : la Journée mondiale sans Facebook, ce 28 février.

Une belle affaire, pourtant, celle de l’ami Zuckerberg. Car même si "des accusations sur les contenus problématiques" ont donné du mou à l’action, le chiffre d’affaires annuel de Facebook a augmenté de 47 % en 2017, pour atteindre la coquette somme de 40,6 milliards de dollars. Les utilisateurs sont au rendez-vous, avec un nombre mensuel "conforme aux attentes", soit 2,13 milliards d’individus. Ainsi, boostées par l’audience, "les recettes publicitaires mobiles ont représenté 89 % des recettes totales au quatrième trimestre 2017, contre 84 % à la même période de 2016".

Pourquoi donc, alors, si tout est si mirobolant au royaume de Facebook, instituer une journée « sans », dont c’est la huitième édition ? Eh bien, parce que l’animal nous ronge le cerveau !

Ce sont, d’ailleurs, ses concepteurs qui, les premiers, en ont fait l’aveu. Ils en sont si persuadés que la plupart d’entre eux ont casé leurs enfants dans des écoles d’où ce vampire numérique est banni : "Mes enfants n’ont pas le droit d’utiliser cette merde", a dit crûment Chamath Palihapitiya, l’un des anciens vice-présidents. Il est rejoint par Sean Parker, ancien président qui s’interroge mais un peu tard : "Dieu seul sait ce que Facebook est en train de faire au cerveau de nos enfants." C’est une autre pointure maison qui lui répond : "La technologie pirate l’esprit des gens."

Certes. Mais qu’est-ce que ça rapporte !

À l’occasion de cette journée de désintoxication du réseau, 20 Minutes a fait réaliser par OpinionWay une enquête auprès des jeunes. "Un échantillon représentatif de 767 âgés de 18 à 30 ans" laisse apparaître que em>"23 % des pensent que Facebook est négatif pour la société. Et plus de la moitié d’entre eux (62 %) pensent que le réseau ne met pas assez d’outils à la disposition de ses utilisateurs pour les aider à protéger leurs données personnelles." Ils seraient, aussi, 54 % à avoir déjà envisagé de fermer leur compte.

Alors, va-t-on vers un renversement de tendance ? Sans doute pas, car s’ils délaissent Facebook, c’est pour migrer vers d’autres réseaux qui ne laissent pas davantage de temps de cerveau disponible.

Reste la seule question qui compte : fabriquons-nous réellement des générations de ramollis des neurones, infirmes de la communication et autres autistes, comme certains le pensent, ou tout cela va-t-il se réguler ? Je serais tentée de dire qu’il en va, dans ce domaine comme dans tant d’autres, de la manière d’utiliser la chose. Et que c’est une question de culture autant que de dosage…

Car, voyez-vous, ce qui me terrifie, moi, c’est cette scène mille fois vécue dans les longs trajets des en commun : des parents qui ne sortent pas le nez de leur portable quand leurs enfants tentent, en vain, d’attirer leur attention. Des enfants qui appellent, se trémoussent et, ne récoltant au mieux qu’un grognement exaspéré, s’en retournent à leur solitude, le regard noyé par la tristesse d’être ainsi abandonnés. Une fois arrivés à la maison, c’est sûr, on les collera eux aussi devant un écran, confiant à la télé le soin d’être nounou. Puis on les couchera de même sans un mot, sans une histoire pour s’endormir, sans un livre pour rêver…

Sans personne pour leur parler, pour les éveiller, pour créer les liens indispensables à leur croissance intellectuelle et affective, ceux-là sont en danger, c’est certain.

28 février 2018

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