Economie - Editoriaux - Politique - 25 novembre 2019

Plus c’est gros, plus ça passe : en général…

Le mot « réforme » est un talisman, un mot magique, un sésame. La réforme est, par définition, positive. Sauf pour les plus anciens qui ont connu le service militaire ou l’administration de papa : on réformait les soldats aux pieds plats ou dotés d’un souffle au cœur, les chevaux n’en pouvant plus de tourner dans la carrière et la bagnole en bout de course. Tous les gouvernements qui se succèdent font des réformes. Enfin, plus ou moins, et avec plus ou moins de bonheur.

Les réformes peuvent être homéopathiques, cosmétiques. C’est joli et ça tient le temps de faire bonne figure, enfin, le temps d’un quinquennat. Et encore. Les réformes peuvent être plus profondes, aussi. Aujourd’hui, on dit « systémique », ça fait mieux. Histoire d’entrer dans un nouveau paradigme pour parler comme Marlène Schiappa chez Bourdin. C’est ce que le gouvernement promet aux Français pour les retraites. Là aussi, un mot qui, revêtu de l’uniforme, peut sentir sa Bérézina. Qu’il faille faire quelque chose, on s’en doute un peu, on n’est pas complètement neuneus. Des mois qu’on tourne en rond et qu’ils essayent d’expliquer que ce sera mieux après la . Après ? C’est quand, ça, après ? Justement. Car lorsqu’ils disent qu’il ne faut pas s’inquiéter, que, d’ailleurs, les personnes au milieu du gué seront moins impactées que les plus jeunes, on a envie de répondre que si vraiment cette réforme est un progrès, pourquoi ne pas l’appliquer à eux ?

Mais comme, visiblement, la pédagogie, la calinothérapie et l’hypnose n’y font rien, ils ont décidé d’arrêter de finasser. Maintenant, on va envoyer du lourd, voire du très lourd. Ceux qui sont contre la réforme sont pour le maintien des inégalités. Et être contre la réforme et pour les inégalités, c’est forcément pas bien. Pire : mal. Exemple, le tweet d’une petite soldate de la Macronie, la députée Laurianne Rossi : « Je pose ça là. Ce sont ces injustices que la réforme des retraites entend supprimer. Fin des 42 régimes spéciaux, égalité des droits et retraite minimum à 1.000 euros. » Remarque : quand tout le monde sera à 1.000 euros de retraite, on sera à l’égalité parfaite. Et l’égalité, c’est bien, on vous l’a dit et répété. Et histoire d’achever la démonstration sur le caractère injuste du mouvement du 5 décembre : qu’il « assume ce qu’il défend : le maintien des inégalités entre les travailleurs ». Vu comme ça, effectivement…

Puis, comme un bon croquis vaut mieux qu’un long discours, la députée publie le tableau du Parisien comparant les retraites entre le régime général, la fonction d’État et la RATP. Entre 1.260 et 1.410 euros par mois pour le régime général, 2.206 euros pour la fonction publique d’État, 3.705 euros pour la RATP. Présenté comme ça, effectivement, on ne peut qu’être carrément pour la réforme si on appartient au régime général, dubitatif si on est fonctionnaire d’État et carrément contre si on est de la RATP.

Que la fonction publique d’État soit, aujourd’hui, composée majoritairement d’agents tenant des postes d’un certain niveau, voire de haut niveau, est complètement occulté par un tableau aussi réducteur. Il y a belle lurette, en effet, que l’entretien des bureaux des préfectures et des ministères a été « externalisé », comme on dit, et que la fonction publique d’État est majoritairement composée de ce qu’on appelle, pour faire court, des cadres. Donc, on compare ce qui n’est pas comparable et l’on s’offre, en prime, le luxe de diviser un peu plus les Français. Mais nous ne sommes plus à ça près. Qu’on se rassure, l’auteur de ces lignes n’est pas devenu un adepte de Philippe Martinez. Néanmoins, un minimum d’honnêteté intellectuelle n’est peut-être pas inutile. Il est vrai qu’en général, plus c’est gros et plus ça passe. En général…

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