Le verdict est, cette fois, sans appel : le paquebot Front national est reparti à la dérive. Après des années de progrès électoraux qui ont permis au parti de Marine Le Pen de devenir le 1er parti politique de , les déceptions liées à l’élection présidentielle de 2017, le revers cinglant des législatives qui ont suivi – et que semblent confirmer les dernières consultations électorales partielles -, mais surtout la crise interne qui touche le parti frontiste, symbolisée par le départ de Marion Maréchal-Le Pen et l’éviction de Florian Philippot, ont fait ressurgir les vieux démons et porté un coup d’arrêt à une progression qui semblait prometteuse.

Ces données objectives, et parfaitement observables, sont d’ailleurs confirmées par un récent sondage. Ainsi, une enquête Kantar Sofres-onepoint pour Le Monde et différents médias confirme la réalité du trou d’air que traversent Marine Le Pen et son parti. Alors qu’à la veille de l’élection présidentielle, Marine Le Pen semblait avoir pris une stature présidentielle aux yeux des Français – 80 % la trouvaient volontaire, 69 % la jugeaient capable de prendre des décisions, 49 % la pensaient capable de comprendre les problèmes des Français et un quart d’entre eux estimaient qu’elle ferait une bonne présidente de la République -, ils ne sont plus, aujourd’hui, que 66 %, 49 %, 40 % et 16 % à lui reconnaître ces mêmes qualités. Mais il y a plus grave encore. Le Front national, qu’une large opération de dédiabolisation avait réconcilié avec de nombreux électeurs, recommence à inquiéter. Ils sont, ainsi, à nouveau 56 % à penser que le FN représente un danger pour la démocratie – soit autant qu’en 2011.

Si l’on ajoute à ces difficultés les déboires fiscalo-judiciaires rencontrés par Marine Le Pen, sans doute habilement provoqués et entretenus, les piques et saillies meurtrières de son père, Jean-Marie Le Pen, via les médias et ses écrits, ainsi que les divisions internes qui, faute d’avoir été réglées au préalable, refont surface, il devient évident que le Front national aura bien du mal à se reconstruire dans les années à venir. Car à ces données déjà peu encourageantes, deux éléments supplémentaires viennent s’ajouter. Seulement 8 % des Français adhèrent désormais aux constats et aux solutions proposés par le FN, et moins d’un tiers d’entre eux pensent que Marine Le Pen peut rassembler au-delà de son camp.

Dans ce contexte, il apparaît que c’est une stratégie d’ensemble qu’il faut reconsidérer, et que le prochain congrès de la formation frontiste, malgré les quelques modifications statutaires qu’il proposera, ne suffira pas à redonner le nouvel élan indispensable à la reconquête des électeurs.

Pourtant, quelques indices et éléments d’analyse offrent des pistes. Tout d’abord, la volonté évidente de nombreux patriotes de voir une large union des forces souverainistes se mettre en place. À cet égard, le signal a été donné par , qui n’a pas hésité à passer un accord électoral avec Marine Le Pen à l’occasion du second tour de la présidentielle. Par ailleurs, son projet Les Amoureux de la France et ses appels réguliers au rassemblement doivent être entendus si l’on veut voir un jour se réaliser les conditions de la victoire des forces de droite.

Ensuite, l’élaboration d’un projet politique audible par une majorité de Français. Là encore, seul un programme réaliste et en phase avec les attentes des électeurs permettra de renouer avec les succès électoraux et de faire valoir une vision progressiste de l’avenir de la France. Enfin, en finir avec les luttes intestines qui n’en finissent pas de détériorer l’image de la politique et des politiques. Mais sans doute ce dernier point sera-t-il le plus difficile à concrétiser.

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