Editoriaux - Justice - Santé - Société - Table - 24 novembre 2017

Oui, la séduction est une forme de violence

Dans le cadre de la lutte contre les “violences sexistes et sexuelles”, le gouvernement prévoit de soumettre au Parlement un projet de loi dont un des volets comprend la verbalisation du harcèlement de rue. À gauche et – surtout – à droite, de nombreuses personnes se sont inquiétées des suites possibles d’une telle loi qui pourrait – disent-ils – mener à une “pénalisation de la séduction” par la création d’un “espace public aseptisé”. Effectivement, séduire les belles sera sans doute plus difficile pour les godelureaux qui risqueront d’avoir la maréchaussée aux fesses s’ils se montrent trop insistants. Mais qu’est-ce que la séduction ?

Le verbe séduire vient du latin seduco, qui a pour racine le verbe duco (conduire) et le préfixe se, qui indique une mise à part, une séparation. Ainsi, séduire signifie tirer à l’écart, détourner, donc influer sur sa volonté et sur son comportement. Dans le langage courant, la séduction est un ensemble de propos, de gestes et d’attitudes, réfléchis ou instinctifs, mis en œuvre dans le but de s’attirer les faveurs amoureuses et/ou sexuelles d’une personne.

Quand un homme complimente une inconnue dans la rue, ce n’est pas dans le but de jouer aux échecs avec elle. Il a une idée bien précise de ce qu’il veut lui faire… On ne peut donc dissocier la séduction de la sexualité qui y est sous-jacente. Dès lors, ce qui s’applique à la sexualité doit s’appliquer à la drague : un “non” est un “non”, et toute intrusion dans l’espace vital d’une personne est une agression.

Pour ceux qui peineraient à distinguer drague et harcèlement, le site Paye Ta Shnek (sic) a fait un petit tableau de comportements acceptables et inacceptables envers la gent féminine :

L’être humain étant sexué, il est normal d’être subjugué par la vue d’une créature affriolante ; il l’est moins de l’importuner quand elle se déplace dans la rue – qui, rappelons-le, sert à “aller d’un point A vers un point B” – et n’a rien demandé. Pour une rencontre amoureuse et, a fortiori, une relation sérieuse, il faut un lien préexistant, un contexte favorable ou, du moins, un élément déclencheur autre qu’une pulsion bestiale.

Dans certains milieux intellectuels, on évoque souvent une dimension “coloniale” de la séduction. En effet, pour certains, le dragueur entreprenant est comparable au colon qui plante son drapeau sur une terre qu’il ne connaît pas et qu’il veut s’approprier.

Il est regrettable, pour la santé du débat public, que le clivage gauche/droite se soit emparé de ce sujet pour en faire un débat hystérisé : entre une droite d’arrière-garde pour laquelle la drague la plus grivoise serait un élément de la Tradition (avec un grand “T”, je vous prie) et un féminisme intransigeant qui considère un “bonjour mademoiselle” comme un délit de harcèlement. Entre ces deux écueils, il existe – du moins, nous l’espérons – un juste milieu.

De nombreux juristes se montrent réticents à une énième loi anti-harcèlement qui ne ferait qu’“alourdir le droit pénal par une incrimination ineffective” selon les mots du professeur Jimmy Charruau, qui juge préférable de “sensibiliser davantage encore à la problématique du sexisme les personnels de police et de justice”.

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