Editoriaux - Polémiques - Politique - 23 juillet 2019

Nadine Morano, une femme qui en a…

La vie est curieusement faite. Marlène Schiappa étrille Nadine Morano et pourtant, s’il est une femme dont la secrétaire d’État devrait être fière, c’est bien celle-là. En voilà une qui se bat, qui en a et qui refuse d’aller à Canossa : « C’est ma liberté d’expression, je dis ce que je veux » (LCI).

On a beaucoup parlé des égéries du football féminin, mais Nadine Morano pourrait en être une dans la catégorie boxe française. Un uppercut ici, un KO là, et quand elle s’est choisi un punching-ball, elle ne le lâche pas. Si elle tombe, elle se relève et fonce dans le tas. Gérald Darmanin en a fait les frais. Ancien LR devenu ministre, il avait imprudemment tweeté « Qu’est ce qui gêne Nadine Morano ? Son style vestimentaire ou que Sibeth N’Diaye soit française et pire encore, ministre de la république ? Plein Soutien à Sibeth » et s’est vu prestement moucher : « Ce qui me gêne côté vestimentaire en ce qui te concerne c’est que ta veste soit réversible en fonction de tes intérêts personnels […] »

Elle n’est pas du genre à montrer ses yeux rougis, comme Cécile Duflot à l’Assemblée – tourneboulée par une question désobligeante sur la désertion de son compagnon au défilé du 14 Juillet -, ni à s’offusquer d’un bisou envoyé à la tribune de l’Assemblée, comme Brune Poirson, c’est un luxe de rosière outragée que ne peuvent s’offrir les femmes de mauvaise vie (politique), les filles de petite vertu (puisque de droite) du bord de Nadine Morano.
Pour elles, aucune solidarité féminine, aucune sororité censée faire de toute femme votre alliée, votre amie, votre sœur…

Ainsi la célèbre Brune Oleson, ou Nellie Poirson, comme on veut, a-t-elle emballé son mépris scatologique, pour garder la distance qui sied à la condition de Madame LA Secrétaire d’État (n’est-ce pas, Gérard Longuet ?), dans le papier de soie des belles lettres, mais le résultat est là : « René Char disait qu’il existe une sorte d’hommes toujours en avance sur ses excréments. Avec Nadine Morano, on découvre que ça marche aussi pour les femmes. » Preuve qu’au gouvernement, il n’est pas de vulgarité que vestimentaire, on peut même en trouver très bien habillée.

Si Nadine Morano reste droite dans ses escarpins, c’est qu’elle est sûre de son fait et qu’aucune pression ne pourra lui faire entendre raison : il est vrai qu’évoquer une Sénégalaise bien née est aussi peu raciste que parler d’une Française de bonne famille, et dire quelle s’habille en tenue de cirque n’est pas très gentil, mais pas plus méchant que de reprocher à Jean-Luc Mélenchon d’arriver à l’Assemblée débraillé, à François Hollande d’avoir la cravate de travers et le costume tirebouchonné, ni même, en passant la Manche, à la reine Élisabeth II d’être souvent fagotée – Anglaise bien née s’il en est – comme un perroquet. Bref, le lot des personnes publiques, qui voient tous leurs faits et gestes commentés. Cela fait partie du métier.

Sibeth Ndiaye, bien sûr, connaît les usages en toute occasion, mais a décidé de s’en moquer, voire de provoquer, profitant d’une implicite impunité : je crois l’avoir déjà écrit ici, aucun homme dans la tribune n’oserait arriver le 14 juillet avec la version masculine de son tee-shirt, agrémenté non plus du refrain de Françoise Hardy « Tous les garçons et les filles », mais de celui de Jacques Dutronc « Je retourne ma veste »… même pas Gérald Darmanin auquel, de l’avis de Nadine Morano, ce tricot de corps irait pourtant comme une moufle.

En refusant de se justifier, en montant gants blancs et sabre au clair à l’assaut du politiquement correct quand la plupart (et des plus costauds) se seraient couchés au premier coup de canon, Nadine Morano est, ces jours derniers, la trompette – la Trumpette ? Elle en a la rhétorique cash et trash – qui réveille le paysage politique. Respect, Nadine. Chapeau Morano. Allez, même sans en partager les idées, c’est ainsi que Marlène Schiappa et ses copines devraient saluer cet indéniable morceau de bravoure féminine.

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