Culture - Editoriaux - Société - 5 décembre 2017

Il est mort de son vivant, il est mort en écrivant !

Jean d’Ormesson nous a quittés. Avec lui, nous perdons un merveilleux conteur et un ardent défenseur de la langue française ; l’un des seuls qui savait s’opposer ouvertement aux caciques inconsistants d’une langue française dévoyée et appauvrie, comme nous l’a montré l’actualité ces dernières années.

Paraphrasant Coluche – autre extrême de la langue française parlée, toujours avec beaucoup d’humour -, si Jean d’Ormesson est mort de son vivant, c’est justement parce qu’il aimait la vie plus que tout. En homme d’esprit, ami de nombreux présidents de la République, il n’aura donc pas à subir le “règne” d’Emmanuel Macron, fossoyeur d’une France dont il disait, peu de temps avant d’être élu, qu’elle était sans culture.

Peu de temps avant, pourtant, on lui a prêté cette déclaration au sujet de François Hollande : “J’ai peur de mourir pendant son quinquennat. La pensée que François Hollande puisse me rendre hommage me terrifie !” Phrase qu’il réfuta par la suite.

Peut-être pourtant eût-il été plus doux pour Jean d’Ormesson que ce fût justement François Hollande qui lui rendît hommage. Même s’il n’était pas un grand amoureux de la langue française, au contraire de son mentor François Mitterrand (il faut lui reconnaître cette qualité, il fera d’ailleurs Jean d’Ormesson grand-croix de la Légion d’honneur), son hommage eût été plus sincère que celui d’Emmanuel Macron, Président qui, il y a peu, disait ignorer qu’il existât une culture française. L’hommage risque de manquer de sincérité et de consistance.

Mais ce n’est pas le plus important. Retenons de ce grand monsieur, membre de l’Académie française, écrivain, chroniqueur, journaliste, éditorialiste, philosophe, mais avant tout homme de qualité et de cœur, une soif intarissable de ce qui fait la qualité de notre langue, sa richesse.

Passé du journalisme à l’écrit – beaucoup suivent ce parcours, mais avec beaucoup moins de qualités -, il a signé de belles œuvres. L’amour est un plaisir en 1956, une ode à la vie et, à l’autre extrémité de son talent, La Gloire de l’Empire, peut-être un signe prémonitoire du déclin de notre nation, Emmanuel pouvant être Alexis. Ses positions sur la guerre du Vietnam lui valurent également et notamment d’être conspué par cette même gauche – Jean Ferrat, notamment – qui, aujourd’hui, fait le lit d’une idéologie qui n’a rien à envier au communisme prédateur du début du siècle dernier.

Il est, bien sûr, difficile en quelques lignes de rendre un hommage digne de ce nom à cet homme de grande qualité et, en lui, nous perdons l’un des – sinon “le” – meilleurs défenseurs de la langue française qui nous aidait à espérer qu’elle ne parte dans le tourbillon de la mondialisation. Et quand on voit, ici et là, publicités, noms de sociétés, expressions populaires et autres manifestations publiques de cette mondialisation, on ne peut que le regretter. Surtout à l’heure où les compétences de lecture des petits Français marquent leur plus grand déclin depuis vingt ans.

Monsieur d’Ormesson, vous allez manquer à notre France, à son Académie, à sa langue, à son art, comme à nous et nous n’oublierons pas l’œuvre qui fut la votre au siècle dernier et à l’aube de celui-ci. Et pour reprendre vos mots à l’endroit de Simone Veil lorsqu’elle fut accueillie à l’Académie française : « Monsieur d’Ormesson, on vous aime. »

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