Le gouvernement a tellement l’habitude de filouter les Français qu’il vaut mieux y regarder à deux fois quand il annonce une nouvelle réforme. C’est ainsi que Gérald Darmanin vient de déclarer, sur Europe 1, vouloir davantage de contractuels et moins de fonctionnaires dans la fonction publique, tout en préservant les « fonctions les plus régaliennes » (sans préciser lesquelles). Si la volonté de faire des économies budgétaires paraît évidente, on peut se demander si une telle transformation améliorerait les performances.

La première question à se poser serait de déterminer les secteurs d’activité qui pourraient être concernés. Prenons l’exemple du second degré de l’enseignement public : en 2017-2018, plus de 400.000 professeurs titulaires, près de 40.000 non titulaires. Tiens donc ! Les contractuels existent déjà dans l’Éducation nationale : 10 %, ce n’est pas rien ! En avoir plus améliorerait-il le système éducatif ? Rien de moins sûr. D’autant que les titulaires ont l’avantage de bénéficier d’une formation initiale et pratique qui, si elle est perfectible, garantit un niveau de compétences.

Gérald Darmanin présente comme une nouveauté la mise en place de « plans de départs volontaires », qui permettraient aux titulaires de quitter la fonction publique avec une indemnité ou la possibilité de toucher le chômage. Séduisant, en apparence. Sauf qu’il existe, depuis 2008, une « indemnité de départ volontaire » (IDV) pouvant être attribuée aux fonctionnaires et au agents non titulaires de droit public recrutés pour une durée indéterminée. Mais elle est difficilement accordée, compte tenu, notamment, du déficit de personnels dans plusieurs disciplines. Avant d’inventer un autre système, il faudrait utiliser les possibilités qui existent déjà.

Il voudrait aussi créer une « agence de reconversion » pour les agents publics et encourager « les passerelles » entre le public et le privé. Ah, la mobilité ! L’Éducation nationale raffole de ce mot, symbole d’ouverture sur l’entreprise. Mais le système est si rigide qu’il est hautement risqué, voire impossible, d’entamer une seconde carrière si l’on a l’intention de réintégrer un jour son ministère d’origine. Ou alors, on recommencera pratiquement de zéro. Dans ce domaine aussi, ne conviendrait-il pas de bien faire fonctionner ce qui existe avant de développer une alternative ?

Autre trouvaille du ministre : pour économiser des postes sans « renforcer le travail de ceux qui restent », on pourrait « supprimer des missions ». Comment n’y avait-on pas pensé ? Encore faut-il être certain que la tâche sera mieux faite si elle est externalisée ou privatisée. À la limite, il suffirait de supprimer des heures d’enseignement ou d’augmenter sensiblement le service des professeurs pour que les besoins en personnels diminuent. Ce que des rapports ne manquent pas, régulièrement, de préconiser. Sur le papier, ça marche. Mais dans la réalité ?

Pourquoi même ne pas envisager que l’État abandonne sa mission d’enseignement ? Chacun se débrouillerait avec des officines privées, qui ne manqueraient pas de se multiplier. Voilà une belle pour le budget de la France ! Car, dans cette affaire, il est évident que l’objectif premier du gouvernement est de reporter sur d’autres les dépenses de l’État. Ou plutôt sur les mêmes : car, au bout du compte, contribuables ou consommateurs, ce sont toujours les Français qui paient la facture.

La fonction publique doit être modernisée, ses performances améliorées. Tout le monde en convient. Mais au lieu de procéder avec méthode, de fixer ce qui doit relever de l’État et du privé, le gouvernement, ou plutôt l’Union européenne, fixe l’objectif – faire des économies – et s’en remet à l’imagination des technocrates pour trouver des solutions. C’est sans doute ce qu’on appelle le progrès…

29 octobre 2018

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