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Editoriaux - Polémiques - 26 janvier 2020

Mila, menacée de mort pour avoir insulté l’islam : « Elle l’a cherché », estime le CFCM

Cela commence par une jeune lycéenne de l’Isère, qui confie son amour du chant sur Instagram. Est-ce parce qu’elle est lesbienne et qu’elle affiche le drapeau LGBT sur son profil ? En tout cas, elle est vite prise à partie par un internaute qui la traite de « sale gouine » et l’accuse de racisme et d’islamophobie. La jeune fille ne se laisse pas faire et réagit dans une vidéo, ne mâchant pas ses mots, qualifiant notamment l’islam de « religion de merde » et de quelques autres mots crus. À la suite de quoi, elle reçoit des menaces de mort.

Un exemple de plus de la violence qui peut se déchaîner sur les réseaux sociaux ? Pas seulement. Les réactions à ce fait divers sont fort instructives.

Un torrent d’insultes a déferlé contre l’adolescente, des menaces de mort ou de viol, on a même dévoilé son identité, son adresse, son lycée. Elle a dû être déscolarisée, selon le rectorat de Grenoble. Que croyez-vous que fit Abdallah Zekri, délégué général du Conseil français du culte musulman (CFCM) ? Exprimer son soutien à cette lycéenne ? Non, vous n’y êtes pas. Interrogé, vendredi, par Sud Radio, il a bien condamné les menaces de mort dont elle est l’objet, mais il estime qu’« elle l’a cherché » : « Cette fille, elle sait ce qu’elle a dit. Elle a pris ses responsabilités. Qu’elle critique les religions, je suis d’accord, mais d’insulter et tout ce qui s’ensuit… Maintenant, elle assume les conséquences de ce qu’elle a dit. »

Voilà, sans doute, un représentant du culte musulman qui, à la manière d’un jésuite, tient un double langage, dit tout et son contraire, condamnant en ne condamnant pas. Mais la réaction d’un député MoDem sur CNews est encore plus significative. Nicolas Turquois, député de la Vienne, répondant à Alexandre Devecchio, éditorialiste au Figaro, qui expliquait que ceux qui font les menaces, « ce sont les minorités actives qui sont sur les réseaux sociaux, qui, dans certains quartiers, maintiennent la pression », déclare sans ambages : « Elle aurait fait les mêmes propos à l’égard de la religion catholique, elle aurait eu les mêmes menaces. »

Alexandre Devecchio n’a pas eu de mal à lui rétorquer que, lorsque Frédéric Fromet a chanté, sur France Inter, « Jésus, Jésus, Jésus est pédé » », il a certes suscité de l’indignation dans les milieux catholiques, mais n’a pas subi de menaces de mort. Ce commentaire du député de la majorité est caractéristique du macronisme : on met toutes les religions sur le même plan, on nage en plein relativisme culturel pour se donner bonne conscience, éviter de prendre parti et ne pas reconnaître qu’il pourrait y avoir une différence entre le christianisme et l’islam. Et si l’on récolte quelques voix de plus dans les banlieues, c’est toujours bon à prendre !

Même ambiguïté du côté de la Justice. Le procureur local de la République a confirmé avoir ouvert deux enquêtes : l’une, confiée à la gendarmerie, pour identifier les auteurs des menaces de mort, l’autre pour « provocation à la haine raciale », visant à savoir si les propos de la jeune fille « relèvent ou non de la liberté d’expression ». Sans doute estime-t-il qu’en poursuivant en même temps les coupables et la victime, il satisfera tout le monde. Mais il y aura toujours un perdant dans cette affaire : la vérité sur les dérives auxquelles peut conduire l’islam radical, qu’on n’ose même pas nommer.

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