Là où il est désormais, Michel Georges Alfred Catty, plus connu sous le sobriquet de «  » et tout de bleu vêtu, ne doit pas en revenir de l’hommage quasi national rendu depuis son décès survenu ce dimanche dernier, à 88 années plus faites de nuits que de jours.

Il était certes une figure parisienne, mais semblait aussi être fort connu de la province, tels qu’en témoignent les nombreux hommages de la presse régionale. Il est vrai qu’on venait de loin pour aller Chez Michou, au 80, rue des Martyrs, dans le quartier des Abbesses, en plein XVIIe arrondissement parisien, tout près de Pigalle.

Son histoire remonte au début des années 50, quand il grimpe lui aussi à la capitale. Issu d’un milieu plus que modeste et élevé par sa grand-mère, il ne lui faut pas moins de dix ans pour y faire son trou. En cette époque reculée, Paris n’est composé que de villages. Montmartre devient le sien et il ne s’agit pas du village de n’importe qui, tel qu’en témoigne l’existence de la République libre de Montmartre, fondée le 7 mai 1921, par des artistes locaux, dont Poulbot et Forain. Sa devise, toujours d’actualité : « Faire le bien dans la joie ! »

Et ces paisibles séparatistes d’aujourd’hui saluer sa mémoire en ces termes : « Montmartre était devenu sa patrie. Michou, ton cœur immense a cessé de battre. Ta grande générosité pour les anciens, les p’tits Poulbots et beaucoup d’autres causes était sans limites. Dans ton cabaret mythique tu as toujours accueilli les plus grands du monde entier comme les anonymes. Tes 64 ans de cabaret resteront gravés à jamais dans l’histoire de la Butte. La République de Montmartre, orpheline, participera à l’hommage qui sera rendu à Michou l’enchanteur, Prince Bleu de Montmartre, Ministre de la Nuit de la République de Montmartre. » Voilà qui vaut tous les hommages officiels.

Revenons-en à la carrière du grand homme, l’un des premiers à flairer l’air du temps d’alors, en lançant la mode d’une fantaisie débridée, celle des chanteurs travestis. En ce sens devance-t-il un David Bowie de quelques décennies, avec ses chanteurs androgynes, garçons jouant aux filles ; mais le tout dans la bonne humeur et sans l’once d’un quelconque début de militantisme victimaire.

La sublime Anny Duperey – qui n’a pas été bouleversé devant ses jupons rouges soufflés par une bouche d’aération dans Un éléphant, ça trompe énormément, d’Yves Robert, a quelque part manqué sa vie – ne s’y trompait pas, quand affirmant le jour de sa mort, sur LCI : « C’était un chef d’entreprise incroyable. Il a résisté à toutes les sirènes qui lui disaient : “Il faut t’agrandir, quitter Montmartre, prendre un plus grand cabaret.” Il répondait : “Non, moi je vais chez moi dans ma bulle montmartroise à faire quelque chose que j’aime et de qualité.” Son cabaret, c’est d’ailleurs tous publics. J’y ai même emmené ma fille de huit ans ! »

Autres temps, autres mœurs. L’homme qui a en grande partie inspiré La Cage aux folles, pièce de Jean Poiret avant de devenir film d’Édouard Molinaro, a toujours eu l’homosexualité plus joyeuse que revendicative. Ce lundi, nombre de médias reviennent sur sa générosité maladive. Une fois le mois, il invitait pauvres et retraités, âmes solitaires et nécessiteux dans son établissement. À l’œil, évidemment. Michou, s’il détestait être seul, ne voulait pas non plus que les autres le soient ; et surtout pas sans lui. Mais sa charité était avant tout discrète.

Souvenirs parisiens de l’auteur de ces lignes : « Michou, je le croisais souvent, dès potron-minet, place des Abbesses, au Saint-Jean, le plus souvent. Il débarquait en mules et peignoir bleus, évidemment ; il s’envoyait sa première coupe de champagne, première d’une longue série. “L’eau, c’est juste bon pour me laver les fesses”, aimait-il à dire… Mais je savais qu’ensuite, au-delà du spectacle de circonstance, il allait faire sa tournée du quartier, payer les loyers en retard des vieux sans le sou ou régler leurs ardoises chez les épiciers du coin. »

L’ange de Montmartre s’en est allé et, sans lui, les nuits de la Butte seront probablement un peu moins bleues. Encore un peu du vieux Paris qui s’en va…

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