Audio - Editoriaux - Entretiens - Manifestations - Social - 6 décembre 2019

Michel Thooris : « Beaucoup de policiers sont proches du burn out »

Au micro de Boulevard Voltaire, Michel Thooris s’exprime sur l’action des forces de l’ordre dans le contexte social actuel tendu : gilets jaunes, mobilisation du 5 décembre… les policiers sont sous pression.


Hier, un million de Français manifestaient dans les rues de plusieurs villes de France.
Ces manifestations ont globalement été calmes avec d’inévitables violences en fin de parcours.
À Paris, environ 1000 casseurs étaient attendus. Comment jugez-vous le maintien de l’ordre dans ces manifestations ?

Notre syndicat a comptabilisé un peu plus d’un million de manifestants sur l’ensemble du territoire.
Même si elles ont un caractère exceptionnel, ces manifestations ont un profil différent de celles que l’on connaît depuis un an avec les Gilets jaunes. Les organisations syndicales qui appellent à ces manifestations ont l’habitude d’organiser ce type événements. Elles ont l’habitude d’utiliser un service d’ordre assez efficace qui déleste les fonctionnaires de police d’une bonne partie des missions de maintien de l’ordre. Dans l’ensemble, les organisations syndicales se sont plutôt bien débrouillées. On a dû subir en marge la présence d’habituels casseurs qui sont connus de nos services de renseignement, mais que la justice ne condamne jamais.
On les interpelle très rarement et quand on les interpelle, ils bénéficient d’une clémence toujours importante de la part des autorités judiciaires.


Les forces de police seront elles-mêmes impactées par la réforme des retraites.
Les membres de votre syndicat ont-ils manifesté ?

Comme vous le savez, dans la police nationale, on n’a pas le droit de grève. Beaucoup de collègues auraient souhaité poser un congé pour pouvoir aller manifester, mais malheureusement le ministère de l’Intérieur a rabattu les troupes. Nos collègues n’ont donc pas pu participer aux manifestations. Il va de soi que l’ensemble de nos militants et sympathisants soutiennent les manifestations en cours.
Nous l’avons évidemment dénoncé. Aujourd’hui, j’ai saisi l’ensemble des secrétaires généraux dans une lettre ouverte pour leur demander une clarification sur la ligne. Le 2 octobre, nous avons démarré une intersyndicale sur la base de plusieurs revendications communes. Aujourd’hui, il semblerait que les syndicats de police ne portent plus ces revendications-là. Il semble qu’ils se soient exclusivement repliés sur la question des retraites. Or, le problème de la fin de notre régime spécial de retraite n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des maux que rencontre notre profession.
À France Police, policiers en colère, nous souhaitons porter la contestation sur le terrain de la réforme des retraites et aussi sur l’ensemble des revendications sociales et sociétales que nous avons précisées dans le cadre de l’intersyndicale depuis le 2 octobre dernier.

Certaines images étaient parfois très choquantes avec des manifestants tabassés au sol par une quinzaine de policiers. Comment ce genre d’actions peuvent-elles se produire ?

Malheureusement, les images sont ce qu’elles sont. Elles sont souvent sorties de leur contexte.
Il faut voir dans quel contexte interviennent cette scène et les violences qu’on subit nos collègues.
Je rappelle que d’un point de vue légal, la captation des images sur la voie publique est légale, en revanche la diffusion sans consentement des personnes filmées est strictement interdite. Au-delà du problème juridique, il faut tenir compte des violences que nos collègues subissent. Si parfois, il peut y avoir des dérapages de nos collègues, c’est lié au surmenage qu’ils subissent et à la pression hiérarchique absolument intenable. La crise des Gilets jaunes était en train de s’éteindre et le gouvernement remet de l’huile sur le feu, en essayant de glisser une réforme dont personne ne veut. Aujourd’hui, nos collègues sont en première ligne, non seulement les week-ends, mais aussi en semaine.
L’intersyndicale appelle à une nouvelle manifestation massive dès mardi. S’ajoute aux manifestations des Gilets jaunes le week-end, le mouvement social extrêmement important en pleine semaine. Vous imaginez bien qu’à ce rythme-là, mes collègues ne vont pas pouvoir tenir bien longtemps sans craquer. J’insiste sur le fait que beaucoup de policiers sont proches du burn-out et dans un état de fatigue incroyable. Beaucoup d’entre eux espéraient passer les fêtes de fin d’année plus au calme. Malheureusement, on reprend le chemin de problèmes gravissimes. Encore une fois, même si beaucoup de syndicats et de fédérations tiennent les manifestations, il y a tout de même beaucoup de débordements en marge de celles-ci. Il faut aussi s’attendre à ce que les violences soient de plus en plus importantes de manifestation en manifestation.

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