Menton et Nice : victoires historiques de la droite nationale dans les agglomérations

Entre percées locales et blocages idéologiques, le RN et ses alliés poursuivent leur progression.
Capture d'écran
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L’élection d’Alexandra Masson, députée RN et nouveau maire de Menton, à la tête de la communauté d’agglomération de la Riviera française marque un tournant discret mais réel. Pour la première fois, une élue RN s’impose à la présidence d’une intercommunalité. Et contrairement aux procès d’intention habituels, cette victoire ne repose pas sur un coup politique mais sur un travail de fond.

Partie avec seulement 14 voix assurées sur les 25 nécessaires, le maire de Menton a finalement élargi son socle en convainquant au-delà de son camp, notamment auprès d’élus LR et divers droite des principales communes de l’agglomération. La députée résume elle-même, auprès de Boulevard Voltaire, les ressorts de ce succès : « beaucoup de travail en circonscription » et une « confiance au-delà de l’étiquette ».

Dans une mécanique typiquement locale, l’ancrage et la relation personnelle ont donc primé sur les appartenances partisanes. Une démonstration que, sur le terrain, les lignes bougent déjà.

Le terrain balaie les étiquettes

Pourquoi cela fonctionne-t-il à Menton ? Parce que les intercommunalités imposent une logique de gestion, loin des postures nationales. Budget, aménagement, transports : les élus jugent sur pièces. Alexandra Masson revendique d’ailleurs une méthode fondée sur le dialogue : « Travailler en intelligence avec l’intégralité des autres élus. » Une approche pragmatique qui lui a permis de fédérer bien au-delà de son camp.

Dans le même temps, l’élection d’Éric Ciotti à la présidence de la Métropole Nice Côte d’Azur confirme une recomposition à droite. « Je serai au service de l’ensemble des communes et de leurs habitants, avec une exigence : agir, rassembler et faire avancer notre territoire ! », a-t-il déclaré, sur X.

Lors des municipales, Éric Ciotti avait d’ailleurs bénéficié du soutien de figures de la droite classique comme François-Xavier Bellamy et David Lisnard, signe que, sur le terrain, certaines lignes sont déjà moins étanches. À Avignon, le maire Olivier Galzi, divers droite soutenu par LR et les macronistes, a lui aussi fait le choix d’une gouvernance ouverte, intégrant toutes les sensibilités, y compris le RN. Une pratique qui acte une réalité de terrain : la coopération devient souvent une réalité.

Agde, Toulon, Carpentras : les digues résistent

Mais cette dynamique reste contrastée. À Agde, l’élection du bureau intercommunal a illustré une autre réalité : celle d’un verrou politique encore bien en place. La présidence est revenue à l'élue d’une petite commune, reléguant le maire RN de la ville-centre, Aurélien Lopez-Liguori, à une simple vice-présidence. Une configuration qui interroge sur la prise en compte du poids électoral réel des communes.

À Toulon, la logique est similaire. Laure Lavalette dénonce, sur X, une mise à l’écart assumée : « Josée Massi vient d’exclure les maires RN et alliés de la gouvernance de la métropole TPM, et avec eux près de 120.000 habitants. La maire de "tous les Toulonnais" aura tenu trois semaines ! »

Même scénario à Carpentras, où les alliances se nouent avant tout contre le RN. Le maire Hervé de Lépinau avait dénoncé auprès de BV une gouvernance « étriquée, bornée et idéologique ». Et jusqu’à Carcassonne, où les tensions sont tout aussi vives. Le maire Christophe Barthès fustige, sur Facebook, « une alliance des élus socialistes » et dénonce une « trahison » ayant conduit à écarter la ville-centre de toute vice-présidence. Il accuse également une « gauche sectaire » et assure que son camp mènera « une opposition constructive ».

Dans ces configurations, le « front républicain », que l’on croyait désormais cantonné aux scrutins nationaux après les dernières élections municipales, se rejoue pleinement au niveau intercommunal.

Du local au national, la fracture persiste

Ce contraste révèle une fracture croissante. D’un côté, des électeurs qui ont déjà intégré le RN dans le paysage politique local. De l’autre, une partie des élus, notamment à droite, qui continuent de faire barrage. Si le RN et ses alliés enregistrent des victoires souvent nettes, voire écrasantes, dans de nombreuses communes, cette dynamique peine encore à se traduire dans les intercommunalités. En cause : la persistance d’un vieux réflexe « républicain » qui conduit certains élus à s’allier pour empêcher l’accès du RN aux exécutifs locaux, indépendamment des rapports de force issus des urnes.

Cette ligne de fracture se retrouve d’ailleurs au sommet. Le président des Républicains, Bruno Retailleau, a récemment réaffirmé, sur France Inter, son refus de toute union des droites, excluant une alliance avec le RN et Reconquête : « Jamais on ne l’a fait. Pourquoi on le ferait demain ? »

À Menton et Nice, pourtant, le verrou a sauté. Ailleurs, il tient encore. Mais la dynamique est enclenchée. Ces élections intercommunales traduisent quelque chose de plus profond : une recomposition politique qui part du terrain.

Les électeurs, eux, ont déjà fait le trait d’union. Reste à savoir combien de temps, encore, certains élus pourront s’y refuser.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Le verrou hélas a fonctionné à Nîmes où 60% de la population votent à droite, a des députés RN et se retrouve avec un maire communiste!!! cherchez l’erreur.

    • Je ne vois pas comment B. Retailleau pourrait être de gauche dès lors où il rejette le centre! Quand-il parle, il s’ adresse à la France, aux français lui!

  2. Les électeurs devraient peut-être arrêter de suivre des consignes de vote, qui ne servent qu’à conforter certains élus dans leurs sinécures et autres « pantouflages » de notables ! Que ceux qui se sentent cocus après chaque élection, se réveillent enfin ! 50 ans que les mêmes, nous prennent pour des lapins de six semaines (pour rester poli), en nous racontant que c’est pour notre bien. Après… s’ils aiment ça…

  3. « Jamais on ne l’a fait. Pourquoi on le ferait demain ? » C’est vrai ça ! Autant rester la droite la plus bête du monde.
    Bravo aux  »cerveaux » ouverts pour mieux nous servir.
    Près de Carcassonne, je confirme la main mise du socialisme malgré des députés et maires RN de plus en plus nombreux.

  4. « Jamais on ne l’a fait. pourquoi le ferait demain » Quel argument!! Pas du niveau d’un candidat à la présidentielle.

  5. Retailleau n’a pas l’air de comprendre que quoi qu’il fasse, il sera toujours perçu comme le plus facho des LR.

  6. Si ce scénario d’arc républicain a droite est rejoué en 2027, la France est définitivement morte.

  7. Il y en a qui intime l’ordre de « faire barrage » et il y a ceux qui obéissent à ces ordres! Ces « barrages » anti FN et désormais anti RN ont l’efficacité » de ceux qui obtempèrent. Mais, sur le plan électoral NUL n’est obligé d’obtempérer à ceux qui intiment l’ordre de « faire barrage ». Je fais partie de ceux qui ont TOUJOPIURS refusé de « faire barrage »! Au 2e tour tour j’ai TOUJOURS voté FN ou RN! Que ceux qui ont cru bon de « faire barrage » refusent désormais de participer à ce jeu stupide qui ne profite qu’à ceux qui profitent des prébendes liées à leur poste! Que les électeurs LR fassent un doigt d’honneur à leurs dirigeants tétanisés par la gauche et les médias du système…

    Les électeurs détiennent la clé. A eux de l’utiliser avec jugeotte et de renvoyer les LR à leur médiocrité.

  8. Bruno Retailleau, …, excluant une alliance avec le RN et Reconquête : « Jamais on ne l’a fait. Pourquoi on le ferait demain ? »
    Peut être parce que depuis que vous ne le faites pas vous vous cassez la figure? Je sais bien que changer ce qui ne marche pas c’est un truc de « beauf » et changer ce qui marche, un truc d’énarque. Bon, ben continuez…

    • Vous avez raison Gafaroun. Retailleau est comme les autres. Il devrait savoir que faire toujours la même chose amène toujours au même résultat c est à dire l échec en ce qui les concerne. C est vraiment la droite la plus bête. Retailleau est en tête de peloton pour dire cela.

  9. Le mépris de la gauche et de la droite traditionnel envers le RN est une nouvelle infamie après celle de l’assemblé National ou la aussi le RN a été pratiquement mis au placard alors qu’il est le seul parti a avoir la majorité sans aucunes alliances.
    De ce faite la droite traditionnel n’existe plus du tout , nous n’avons en l’espèce qu’un énorme bloc de gauche d’un coté et le RN de l’autre.

  10. Aux maires RN et UDR d’avoir une gestion rigoureuse de leurs circonscriptions, les digues tomberont tôt ou tard.

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