Editoriaux - Justice - Santé - 10 avril 2019

Menace de grève des IVG : le Conseil national de l’ordre porte plainte !

Dans le genre « Retenez-moi ou je fais un malheur », le président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France y était allé de sa petite provocation, il y a quelques semaines, en annonçant que si le fonds de garantie de la profession (FAPDS) ne couvrait pas mieux les praticiens condamnés pour des erreurs médicales, il appellerait à « se tenir prêt » à une grève des IVG.

Pour qui connaît la profession, la menace était à peu près aussi crédible qu’une baisse des impôts, mais suffisante pour que les féministes exaltées entrent en transe et actionnent le Conseil national de l’ordre (CNO). L’institution vient donc de se plier servilement à leur injonction et de porter plainte contre trois responsables de ce syndicat. Il est fort possible qu’ils soient relaxés par la chambre disciplinaire de première instance, composée de confrères de terrain, assez insensibles à l’air du temps, et sans doute plus encore au concept de « délit d’intention qui n’a pas reçu le début du commencement d’une exécution ».

Mais s’agissant d’une affaire politique, un appel contre cette relaxe sera quasi automatique. Or, la chambre nationale d’appel est composée de membres du CNO, l’institution même qui a porté plainte ! Autant dire un peloton d’exécution. Alors, bonne chance à ces trois confrères…

Par un curieux effet du hasard, le CNO assortit ses présidents à la couleur du pouvoir. Un radiologue sarkozyste sous Sarkozy, un médecin « classé à gauche » sous Hollande en la personne du docteur Bouet, issu de la Seine-Saint-Denis, premier généraliste à un poste où il s’est fait une solide réputation d’autocrate se voulant porte-parole unique du métier.

Parce que, naguère, les « faits de nature à déconsidérer la profession », c’était du lourd : ivresse sur la voie publique, exploitation financière ou sexuelle d’un patient fragile, trafic de médicaments, etc. Aujourd’hui, il suffit pour un médecin de sortir la tête de la tranchée en exprimant publiquement un enthousiasme modéré pour une des déconstructions modernistes à la mode (mariage gay, euthanasie open bar, PMA pour couples de même sexe, théorie du genre et tutti quanti) pour « déconsidérer la profession » et prendre une balle.

Désormais, le rôle moral du CNO semble se limiter à la chasse aux confrères. À preuve l’étonnante déclaration du président de la section Éthique et Déontologie, interrogé cet automne sur la PMA : « Sur ce sujet sensible, il n’est pas dans notre rôle de dire ce qui est bien ou ce qui est mal. L’Ordre des médecins n’est pas une instance moralisatrice. » Comme dans le sketch des Inconnus : « Ça ne nous re-gar-de pas ! »

Il doit être devenu bien reposant, le travail de la section Éthique et Déontologie…

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