Editoriaux - International - 7 septembre 2019

Matteo Salvini, un chasseur patient

Il est étonnant de voir les cerveaux scotchés à l’actualité politique la plus immédiate, en prenant pour argent comptant le scénario proposé.

À en croire certains, Matteo Salvini aurait été écrasé, pris à son propre piège. Un imbécile, quoi… Et si, justement, c’étaient ceux d’en face qui s’étaient enfournés dans un traquenard subtil ? À l’italienne. Croyez-vous vraiment que le patron de la Ligue se fût illusionné au point de croire qu’il allait provoquer des élections précipitées, sachant que les autres louchaient sur son succès médiatique et ses excellents sondages ? Quelle naïveté !

Il savait que la « combinaison », dernière ressource d’une oligarchie aux abois, fonctionnerait encore, entre un Parti démocrate déconsidéré, et un Mouvement 5 étoiles en perte de vitesse et acculé aux pires compromissions. Le ministre de l’Intérieur n’a-t-il pas, dans un rythme quasi stakhanoviste, enchaîné les opérations de séduction, sur les places publiques, le cœur de la cité italienne, sur les plages, devant les caméras ? Il était assez fin pour ne pas trop miser sur un mouvement dit « populiste » qui n’est, somme toute, qu’un agglomérat de mécontentements sans doctrine ni ossature. Un syndicat des ressentiments, sans avenir, voué au néant. Tandis que Salvini a une pensée, une doctrine, une ligne, une stratégie et une tactique. C’est lui, le chasseur, et ses ennemis, les proies. Tout n’est plus qu’une question d’occasion, et le lapin passera bien dans la ligne de mire, un jour ou l’autre…

Salvini sait que le peuple italien en a assez de l’Europe de Bruxelles et de sa stratégie d’étouffement des nations. Il sait que revenir sur les mesures d’obstacle à l’immigration massive serait rapidement creuser le trou où les responsables de cette folie seraient jetés. Il sait qu’il a le temps pour lui, quelle que soit la date des élections, inévitables. Il ne peut, en tant que SEUL opposant, que capter la bienveillance des électeurs et, in fine, engranger des bénéfices électoraux.

Ce dont les « commentateurs », qui prennent leurs désirs pour des réalités (on l’a vu avec les énormes bêtises que les « experts » ont commises dans leurs prédictions au sujet de l’élection présidentielle américaine, du Brexit, du référendum de 2005, etc.), manquent, c’est, à l’évidence, le sens de la durée, sans compter l’intuition des véritables mouvements de fond. Ils ne savent pas ce qu’est l’Histoire, car ils ne lisent pas, ne pensent pas et suivent leurs pulsions addictives : tout ce qui est bon pour l’oligarchie transnationale est bon pour la planète. La « pensée unique », que Chirac critiqua un moment, puis à laquelle, finalement, il se plia, est l’alpha et l’oméga de leur réflexion.

L’affaire Salvini – qui n’est certes pas finie ! – en dit peut-être plus sur ce que sont la presse, les politiciens corrompus et tous les profiteurs du système que sur la réalité des choses. Encore une fois, le bon vieux dicton « Rira bien qui rira le dernier » est… d’actualité !

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