Editoriaux - 6 mars 2019

Marlène Schiappa vers une Gay Pride corse sans homosexuels dedans

Lancée comme une boutade au cours d’une rencontre à l’Élysée avec l’Inter-LGBT, l’idée d’une Gay Pride en Corse amusa la galerie. « Ah, ah, elle est bien bonne ! Mais où vont-ils chercher tout ça ? » Hélas, Marlène Schiappa était là. Règle n° 1 : ne jamais lancer d’idée farfelue en présence de Marlène Schiappa. Elle peut s’y accrocher. La faire démordre, par la suite, est très compliqué.

Comme il était à redouter, sitôt rentrée dans son bureau, la secrétaire d’État en charge d’elle-même s’attela au projet. Oui. Une Gay Pride à Ajaccio. Elle la voyait déjà. Des chars sur le port, des transgenres en string avec un chapeau de Napoléon sur la tête, des cochons sauvages peints en rose, le groupe I Muvrini, main sur l’oreille, en train de chanter « Mon truc en plumes »… Le défilé ferait date. Rien ne pouvait plus arrêter Marlène, originaire elle-même de l’île de Beauté. La Corse aurait sa Gay Pride. (“Gay Prailledou”, en langue locale.)

L’organisatrice commençait à tout prévoir, tout concevoir, mais omettait dans son enthousiasme débordant un léger détail : prévenir la communauté LGBT locale. Une Gay Pride sans aucun homosexuel dans le défilé pouvait faire désordre. Mais, après tout, c’est l’intention qui compte. Et pourquoi pas Marlène seule sur un char ? La « Marlène Pride ». Le retour triomphant sur la terre d’origine. « Amis z’homos, unissez-vous. Montrez-vous. Jetez-moi des fleurs ! »

À ce qu’on raconte ici et là, à ce qu’on chuchote entre deux portes, sur Marianne.net et ailleurs (mais le ne répétez à personne), l’ambiance LGBT du cru serait plutôt à la discrétion. Le genre “youpi tralala” sur le cours Napoléon ne serait pas trop l’esprit maison. De la tenue, de la réserve… Ni honte, ni fierté. Homo corse et puis voilà. Pas de quoi en faire un plateau de fromages de chèvre.

L’affaire en est là. Les deux camps s’observent. D’un côté, l’agitée du bocal en pleine ébullition, de l’autre, quelques homosexuels épars répartis quelque part entre Bastia et Bonifacio. Complètement ahuris par l’idée. Hagards. « Une Gay quoi ? »
« Tss tss tss… Allez hop, pas de discussion, vous allez monter sur un char ! »

Toujours d’après Marianne.net, qui a étudié la question de fond en comble, le gouvernement n’en serait qu’au “recensement des forces en présence pour évaluer la faisabilité de l’événement”. Les forces en présence… Les autorités à l’origine du projet n’auraient donc d’autre choix que se livrer à un comptage pour assurer la réussite de l’événement.

Du nord au sud de l’île, des préposés sillonnent monts et vallées par le GR20 pour tenter de débusquer les oiseaux rares. On écume les bergeries. Les moutons sont interrogés. Évalués. Ceux qui bêlent correctement sont enrôlés d’office. Dans la rue, les passants sont accostés. « Z’êtes pas homo, par hasard ? Non ? Vous ne voulez pas le devenir ? C’est sans engagement. Juste une journée. Pour la Gay Pride. Allez, soyez sympa. »

La boutade du jour : organiser un grand débat entre Nice et Bastia. Le premier débat flottant. Marlène, au travail !

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