Editoriaux - Entretiens - Justice - 6 mars 2019

Jérôme Massip : “L’agression de trop ? Il y a longtemps qu’elle y est !”

Le secrétaire général du Syndicat pénitentiaire des surveillants fait le point sur la colère des gardiens après l’attaque d’un détenu islamiste, les difficultés de recrutement, etc. Il dénonce la gestion des radicalisés par le gouvernement. Une interview choc…

Vous êtes le secrétaire général du Syndicat pénitentiaire des surveillants. Vous représentez principalement les surveillants. Les surveillants, qui représentent 65 % de l’administration pénitentiaire, sont en première ligne dès qu’un attentat comme celui qui s’est produit hier arrive. Quel est le sentiment de ces surveillants aujourd’hui ?

Un ras-le-bol. Et ce n’est pas une nouveauté. Ce n’est que la continuité de ce que vivent les surveillants au quotidien. Ce genre d’acte terroriste s’est déjà produit en janvier 2018. Le mouvement national qui avait suivi avait duré trois semaines. À l’issue de celui-ci, le syndicat majoritaire avait signé un accord avec le garde des Sceaux. Un an après, rien n’a changé, l’insécurité demeure, les agressions, les actes terroristes… On va finir par y laisser la vie.
Nous avons donc décidé de déclencher à nouveau un mouvement national, parce que cela suffit. Nous nous sentons lâchés et abandonnés par le ministère. Le garde des Sceaux semble se voiler la face sur ce qui se passe réellement en détention. Elle s’offusque que des objets illicites tels que des couteaux en céramique entrent en détention. C’est, malheureusement, ce que nous retrouvons tous les jours dans les cellules : beaucoup de drogue, d’armes artisanales, etc. Tout rentre, tout passe, c’est une passoire ! Et c’est, bien sûr, au détriment de la sécurité des surveillants.

Les surveillants sont-ils armés ?

Les seules armes du surveillant en détention sont son sifflet et son courage. On est loin des reportages des prisons américaines où il y a des matraques, du gaz lacrymogène, du matériel pour se défendre. Le seul moyen que nous ayons est un sifflet pour alerter les collègues de l’agression que nous sommes en train de subir pour qu’ils viennent en renfort. Ça se solde souvent par de graves blessures.

La radicalisation en milieu pénitentiaire pose problème. Comment cela est-il géré aujourd’hui ?

C’est très mal géré. Nous avons l’impression d’être des rats de laboratoire. Le gouvernement, les politiques expérimentent des unités pour radicalisés qu’on appelle QPR (quartier de prévention de la radicalisation) ou d’évaluation de la radicalisation qui ne fonctionnent pas et ne fonctionneront pas parce que ce sont des quartiers disposés à l’intérieur de la prison – des prisons dans la prison, en quelque sorte. Sauf que l’étanchéité voulue n’est pas possible. Les détenus parviennent à communiquer avec les autres. On n’arrive donc pas à isoler ces détenus pour qu’ils n’intoxiquent pas les autres. L’étanchéité est fictive.
Il faut construire des établissements spécifiques sous le format du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe ou de Vendin-le-Vieil. Ils sont configurés de façon adaptée à ce type de détenus hyper-dangereux. Pour cela, il faut un gouvernement qui ait le courage de le faire.

Quelles sont vos revendications pour ce mouvement social ?

Tant que le garde des Sceaux ne nous aura pas reçus, cela veut dire qu’elle fait la sourde oreille. Nous allons donc tout faire pour lui déboucher les oreilles, et surtout lui ouvrir les yeux. Ce mouvement est très certainement appelé à durer.
Il y aura très certainement des sanctions, comme ce fut le cas en janvier 2018. Les collègues y ont laissé des salaires et la santé. Malheureusement, nous nous dirigeons vers le même format.
Nous avons beaucoup de mal à recruter. Quand bien même il y aurait des postes ouverts et des concours organisés, il n’y a que 10 % des gens inscrits qui s’y présentent effectivement. Ce métier n’attire pas. Il y a vraiment un malaise. Il manque 2.500 surveillants dans les établissements pénitentiaires. Nous sommes en sous-effectif. Et dès qu’un surveillant a une occasion de partir de la pénitentiaire, il la saisit. Tout le monde quitte le navire. Il faut donc ouvrir les yeux et prendre les mesures qui s’imposent.