Manœuvres électoralistes au Vatican ? Quand François prépare sa succession…

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En matière de mystères, les coulisses du Vatican paraissent tout aussi indéchiffrables que celles du Kremlin. Soit un écran de fumée ne se dissipant que lorsque cette dernière devient blanche, en cas d’élection d’un nouveau pape ; ce qui n’arrive pas tous les jours. D’ailleurs, que sait le commun des fidèles de ces tractations de couloirs, de ces alliances à revers et contre-alliances de circonstance ? Rien ou presque.

L'Église des périphéries

À ce titre, l’arrivée de 81 nouveaux cardinaux au Collège cardinalice, tous personnellement nommés par le pape François, n’a rien d’anodin. Qui sont-ils ?

La plus emblématique de ces dernières recrues, benjamin de cette instance, n’a que 48 ans et se nomme Giorgio Marengo. S’il est italien, tel que son nom l’indique, il est néanmoins préfet apostolique d’Oulan-Bator, capitale de cette lointaine Mongolie. Quelles que soient leurs origines, les nouveaux arrivants paraissent majoritairement représenter « l’Église des périphéries », pour reprendre l’expression de La Croix.

Ainsi, sur les 222 cardinaux du Collège cardinalice en question, 81 ont été promus par l’actuel pape, contre 31 par Benoît XVI et 9 par son prédécesseur Jean-Paul II. Les cardinaux issus d’Europe n’y sont plus que 46, contre 21 venus d’Asie, 16 d’Afrique, 16 d’Amérique du Nord, 5 d’Amérique centrale, 14 d’Amérique du Sud et 3 d’Océanie. Soit 75 en tout. Si l’on résume, le premier jésuite parvenu aux plus hautes fonctions vaticanes dispose désormais, tous nouveaux prélats confondus, d’une majorité à son éventuelle dévotion. Ce qui fait dire, de manière pour le moins triviale, à certains catholiques français que le pape serait en train de « bourrer les urnes » afin de préparer sa succession.

Osera-t-on dire que cette esquisse d’analyse est à courte vue ? Oui. Il est vrai qu’une certaine frange du catholicisme européen, pétrie de tradition, se trouve en guerre plus ou moins larvée avec Rome à propos de la messe de rite tridentin. Benoît XVI avait intelligemment résolu la controverse en autorisant à la fois ce dernier et celui issu du concile de Vatican II. Pour le pape François, ces querelles paraissent ne plus être de mise, même si les séminaires traditionalistes ne désemplissent pas, tandis que leurs homologues plus « en phase avec leur temps » demeurent désespérément vides.

Mais le fond du problème est peut-être ailleurs. Des siècles durant, l’Église catholique était synonyme d’Europe, même si le christianisme nous vient historiquement d’Orient. D’où ces dynasties de papes italiens, finalement assez représentatives du peuple des fidèles. « Occident chrétien » pouvait alors faire figure de pléonasme. Désormais, ce n’est manifestement plus le cas. La preuve en est qu’hier, pour parler trivialement, le Vatican envoyait des prêtres blancs évangéliser les Noirs, alors qu’aujourd’hui, ce sont des prêtres noirs qui viennent ré-évangéliser les Blancs.

Pas plus que toute autre institution, le catholicisme apostolique et romain n’est à l’abri de la mondialisation. On assiste à un effet de bascule : les communautés catholiques les plus dynamiques et ferventes sont moins dans cette Europe les ayant vues prospérer et accoucher de la splendide civilisation qu’on sait que disséminées à travers le vaste monde : il y a plus de touristes à Notre-Dame de Paris que de fidèles…

Un clergé extra-européen

Après, bien malin est celui qui prétendra se nicher dans le cerveau tortueux d’un jésuite. Pour autant, on remarquera que Jorge Mario Bergoglio, quoique de nationalité italienne, demeure un Argentin. C’est-à-dire un pape extra-européen. Ce qui peut aussi expliquer qu’il veuille s’appuyer sur un clergé moins soumis aux folies sociétales de notre Vieux Continent et à la foi peut-être plus affirmée.

Comme s’il avait vu qu’ici, la foi catholique n’était au mieux qu’une survivance du passé ou, au pire, cantonnée à son simple rôle social dans les beaux quartiers. Tandis qu’ailleurs, les catholiques vivant dans un environnement, allant de la défiance à la franche hostilité – sans négliger les persécutions pures et simples –, ont peut-être une foi plus solidement chevillée au corps et au cœur. À long terme, ce calcul « universaliste » (καθολικός, en grec, signifie « catholique » et « universel ») peut se révéler payant ou pas, pertinent ou non. Il n’empêche, il y aura eu un Vatican « avant » et « après » ce pape plus qu’énigmatique.

Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

25 commentaires

  1. Comme le renouvellement des Prêtres se fait par l’intermédiaire des Prêtres Africains, cela n’étonnera personne, puisque la France devient de plus en plus Païenne, et de moins en moins Chrétienne. Il est donc concevable puisque le Pape n’accepte pas les intégristes, il y aura un schisme dans la religion chrétienne, en partie consommée.
    Ne pas tendre la main à ces chrétiens, c’est être résolument anti-chrétien. c’est à dire le Pape François.

  2. Ce qui est sûr c’est que personne ne pourra dire qu’il a fait grandir l’ Eglise , pas plus qu’il ne l’a défendu , en fait il est à l’Eglise ce que Macron est à la France ,un destructeur . Quant à bourrer les urnes , belle expression ! après : ? ?

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