Editoriaux - Politique - 19 septembre 2019

Macron au RN : ne me quitte pas !

Le président de la République vient de rendre un hommage pervers au Rassemblement national (RN).

Le 16 septembre, à six mois des élections municipales, il a décidé de « remobiliser sa majorité »… et a confirmé sa volonté de vouloir les questions régaliennes, un « enjeu social », selon lui (Le Monde).

Il y aurait des « pistes de réforme, asile, regroupement familial, aide médicale ».

Emmanuel Macron aurait proféré des banalités, des évidences, connues de tous et subies par certains, entend-on.

Je n’en suis pas sûr parce que, d’abord, il y a des dénégations sur son constat, la meilleure preuve en étant que, même à LREM, une minorité certes mais influente s’oppose à ce changement de cap.

Et qu’ensuite, c’étaient si peu des évidences pour lui qu’il les a exprimées avec beaucoup de retard et à des fins de stratégie politique.

Il est frappant de relever qu’en 2012, des propos du même type étaient sortis de la bouche de Marine Le Pen et qu’elle avait été stigmatisée. Alors que le Président, aujourd’hui, est félicité !

Fallait-il attendre 2019 pour prendre toute la mesure du droit d’asile dévoyé, de l’immigration incontrôlée, d’une intégration manquée et d’un communautarisme de plus en plus préoccupant ? Je n’irai pas tourner en dérision les effets, s’ils sont opératoires, de ce « chemin de Damas ».

Je suis tout de même très gêné par ce réalisme qui surgit tout à coup, par la découverte du peuple qui est privilégiée, dans la vie sociale et les affres de la quotidienneté, par rapport aux « bourgeois ». Je suis tout de même surpris par l’intuition subite que ces traumatismes collectifs feraient monter le RN.

En réalité, le président de la République ne cesse pas de dire à celui-ci : ne me quitte pas !

Hier, aux élections européennes, c’était la dénonciation morale, l’opprobre du repli sur soi qui étaient prioritaires. On constituait le RN comme son principal, voire son seul adversaire. Par l’éloignement. On voulait le garder comme unique cible, mais de loin.

Radical changement de pied et d’esprit. Le président de la République le maintient évidemment comme le cœur de son hostilité politique. Mais par le rapprochement. Il veut le vider. Il l’a fui, il espère maintenant le presser de si près qu’il le rendra inutile, sans substance. Puisque le RN ne dirait que cela et qu’il ne serait convaincant et dangereux que sur les problèmes de l’asile et de l’immigration.

Il y a, derrière ce revirement, un cynisme qu’on peut qualifier de noble mais qui révèle tout de même que, pendant plus de deux ans, des maux français capitaux ont été jetés sous le tapis républicain. Emmanuel Macron ne nous cache rien : il exhibe les coutures des tissus contrastés sur lesquels il construit ses politiques successives pour réduire le RN et fragiliser encore davantage la droite classique qui, dans l’attente de son président – cela dure, dure… -, ne fait rien, ne pense plus et demeure sans réaction.

Pourtant, il y aurait à contester sur le fond. Le FN, à l’époque, se moquait de ceux qui prétendaient prendre ses idées dans ce domaine régalien et sociétal en affirmant que l’original plaîrait toujours plus que la copie. Il me semble que ce ne serait pas inadapté pour le nouveau combat d’Emmanuel Macron et qu’on pourrait même aller avec lui jusqu’à la copie de la copie. Il use du RN dont il a besoin pour étouffer LR dont la copie, sur ce registre, avec Nicolas Sarkozy, n’avait pas été médiocre.

Comment LR n’a-t-il pas l’envie de démontrer à quel point la démarche présidentielle, habile, rouée, subtile, tellement assurée de l’emporter qu’elle ne se cache plus, est une manœuvre conjoncturelle, partisane, qui ne s’est pas souciée du peuple depuis longtemps.

Je souhaiterais le même coup d’éclat pour la Justice. Il reste encore de la gauche chez notre Président.

Le Président demande vicieusement au RN de ne pas le quitter. Un jour, celui-ci, authentiquement, pour notre plus grand bien, dira-t-il à la droite enfin sans complexe : si toi aussi tu m’abandonnes…

Extrait de : Justice au Singulier

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