Décidément, ils ont décidé de faire parler d’eux. À croire, même, qu’ils se tirent la bourre entre eux pour décrocher la timbale. Qui ça ? Les écolos, évidemment. Pour l’instant, c’est Sandrine Rousseau qui tient la corde. Un véritable miracle médiatique, cette candidate à la primaire des écolos. On en redemande. Le maire de Lyon n’est pas mal non plus. Moins flamboyant, moins souriant, plus ombrageux, tout aussi inquiétant.

Cela dit, les Lyonnais l’ont élu. Certes avec des scores qui n’ont rien de soviétique puisqu’au second tour de cette élection municipale de 2020, les lyonnais ont obtenu les résultats suivants dans les neuf secteurs de la ville : 32,57 % des inscrits, mais 100 % des voix car une seule liste qualifiée (!), 18,23 %, 19,21 %, 12,02 %, 15,49 %, 13,29 %, 6,96 %, 8,06 %, 0 % car non qualifiés (!). Bref, un tsunami écolo très relatif qu’on aura du mal à mettre sur le compte du réchauffement climatique. Mais maintenant, les Lyonnais doivent assumer leur abstention et supporter la course à l’échalote à laquelle semble s’adonner leur maire avec ses petits camarades écolos, collègues de grandes villes. La semaine dernière, on a eu droit à la cour de récré dégenrée où l’on a remplacé les cages de foot par un bac de copeaux de bois (pas pour que les chats du quartier fassent leur besoin, on imagine).

Et ce 8 septembre, la question de la participation du maire à la cérémonie traditionnelle du Vœu des échevins est revenue sur le tapis. En 1643, épargnés par la peste, les échevins, ancêtres de la municipalité, font le vœu de monter chaque année, le 8 septembre, à Fourvière, la colline qui prie, pour remercier la Vierge en remettant à l’archevêque un écu d’or. Un vœu qui fut plus ou moins respecté au cours des siècles. Ainsi, le très laïcard Édouard Herriot, maire de de 1905 à 1940 et de 1945 à 1957, ne se plia jamais à cette coutume, à la différence de tous ses successeurs, y compris Gérard Collomb. L’an passé, Grégory Doucet, défenseur d’une laïcité de stricte observance, après avoir hésité et sous la pression de sa majorité, refusa d’offrir son écu, ce qui ne l’empêcha pas, à quelques jours de distance, d’aller poser la première pierre d’une mosquée. Ce 8 septembre 2021, il en a été de même : le maire n’est pas entré dans la basilique de Fourvière mais a prononcé un discours à l’extérieur. L’art du compromis ?

Et là, surprise : on apprend que l’écu d’or est remis par l’ancienne joueuse de basket Marie-Sophie Obama, présidente de l’ASVEL, le célèbre club de basket-ball. Le choix a été fait par la fondation Fourvière. Son président a déclaré : « Il était important pour la fondation Fourvière de proposer une figure féminine, impliquée dans la vie de la cité et porteuse de valeurs communes de respect, de fraternité et de tolérance de venir représenter les Lyonnais […] Le principe d’une personne représentant l’ensemble des Lyonnais a été fait en accord avec la ville et le diocèse de Lyon. » Marie-Sophie Obama est, à l’évidence, une joueuse de grande classe, une présidente remarquable – une belle personne, comme on dit aujourd’hui. Et elle est ravie de cette désignation et ne fait pas la gueule comme Doucet.

Mais on a envie de demander : où est la tradition ? La tradition met tout d’accord, elle s’impose à nous. Elle est un arbitraire doucement patiné par les ans, quelque chose qui s’impose comme une évidence. Là, avec cette affaire du Vœu, c’est en quelque sorte de nouveaux arbitraires qui s’imposent. D’abord, celui d’un maire qui refuse de s’inscrire dans la lignée de ses prédécesseurs. Mettons que l’argument d’une stricte neutralité soit recevable. Mais un second arbitraire, pire peut-être, est en train de s’installer : celui de l’air du temps. « Il était important […] de proposer une figure féminine… » Pourquoi ? Pourquoi pas ? On voit bien l’idée générale et l’on se prête à imaginer les choix pour les prochaines années. Notons que ce choix s’est fait en accord avec la ville : elle est où, alors, la stricte neutralité ?

8 septembre 2021

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