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La presse raffole de ces expressions pour qualifier une génération. La jeunesse peut, ainsi, être, selon les experts, X, Y ou Z, Millenials, identitaire, connectée, fantôme, Covid ou sacrifiée… On a même parlé de génération Greta Thunberg. Cette jeunesse est-elle vraiment unique ? A-t-elle été touchée-coulée par la crise sanitaire ? Pour établir le portrait d’une génération, rien de telle qu’une comparaison de données statistiques, « une carotte géologique des profondeurs historiques », explique Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’IFOP et auteur, avec Stewart Chau, de La Fracture. Comment la jeunesse d’aujourd’hui fait sécession (Les Arènes), qui vient de paraître.

L’ouvrage est intéressant en cette année électorale où les politiques vont chercher à se tourner vers cette génération pour tenter de la cerner et comprendre ses aspirations. Alors, sans surprise, le lecteur apprendra le désenchantement de la jeunesse : « En vingt ans, on est passé de 15 à 30 % des jeunes estimant qu’ils vivent dans une époque de malchance absolue », explique l’auteur. L’enchaînement des crises sanitaires, sécuritaires, écologiques expliquent cette perte d’idéal. L’enquête montre que 62 % des jeunes déclarent être d’accord avec l’affirmation « J’ai peur de l’avenir ».

Malgré cela, Frédéric Dabi trouve la jeunesse résiliente et souligne sa soif de vivre. Il va donc, à son tour, qualifier la génération de Fluctuat nec mergitur : elle est battue par les flots mais ne sombre pas. « Elle a déjà tourné la page du Covid et arrive à se projeter », explique-t-il dans une interview accordée au Point. Mais cette jeunesse n’est en rien un bloc monolithique, et il pourrait la diviser en deux groupes : celle des 18-24 ans, plutôt bien intégrée, qui a souffert des confinements mais confiante et politiquement plutôt pro-Macron. Ensuite viennent les 25-30 ans, correspondant à la génération de l’insertion, qui craint pour son avenir et pencherait en faveur d’un vote Le Pen ou Mélenchon.

Les jeunes sont moins politisés. Comme leurs aînés, il sont en « exil électoral » mais ils sont bien plus engagés individuellement. La jeunesse, selon le directeur de l’IFOP, est passée de la révolte de 68 à la dénonciation des inégalités, elle est « perméable au wokisme ». Gramsci avait théorisé l’importance de l’hégémonie culturelle pour gagner la bataille des idées. Nos jeunes, endoctrinés quotidiennement par un enseignement bien-pensant en cours ou sur leurs écrans, sont donc naturellement versés dans la cause sociétale. Pas moins de 69 % d’entre eux sont favorables au multiculturalisme, soit 20 points de plus que l’ensemble des Français. « Et deux tiers des 18-30 ans considèrent que la mondialisation est une bonne chose pour la France, quand à peine un Français sur deux partage cette opinion », révèle Le Point. L’environnement et surtout la lutte contre le changement climatique représentent un enjeu primordial à leurs yeux. « 72 % des 18-30 ans se déclarent ainsi engagés contre le changement climatique, un résultat notable par son ampleur et son unanimité. On apprend aussi qu’un jeune sur cinq se dit prêt à risquer sa vie pour sauver la planète… »

En somme, cette génération a bien reçu le message qu’on lui a transmis. Elle est devenue mondialiste, progressiste et écologiste. Seule concession à la tradition, la famille reste une valeur refuge. « La famille n’est plus le lieu de la guerre des générations. Les jeunes croient en la famille comme un protecteur, dans un contexte Covid et post-Covid où ils sont très sévères sur l’action de l’État, qui ne les a pas assez protégés. La famille, c’est le lieu du collectif, mais aussi le lieu ou ils peuvent propager leur engagement individuel sur toute une série de sujets », analyse l’auteur, sur France Inter. Battue par les flots, la famille reste une ancre jetée au port.

17 septembre 2021

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